Voyages à l'étranger
Mercredi 6 et jeudi 7 avril 2011
FRIBOURG CITÉ DE CHARME
Fribourg a été fondé en 1157 par le duc Berthold de Zaehringen sur un éperon rocheux dominant le cours très encaissé de la Sarine, à la limite linguistique du franco-provençal et du dialecte germanique. Passée aux Kybourg en 1218, puis aux Habsbourg en 1277, la ville devint savoyarde au XVe siècle, avant d'intégrer la Confédération des cantons suisses en 1481. Bastion du catholicisme entouré de cantons protestants, Fribourg est la ville des monastères et des couvents.
La cathédrale Saint-Nicolas domine la cité de sa haute tour de style gothique flamboyant, illustrant l'évolution de la sculpture depuis le XIVe jusqu'au XVIe siècle. L'Art Nouveau a illuminé la nef d'un ensemble exceptionnel de verrières et dans la chapelle du Saint-Sépulcre une belle Mise au Tombeau baigne dans la douce lumière de vitraux signés Manessier. L'église des cordeliers renferme des stalles de 1280, les plus anciennes de Suisse, trois superbes retables gothiques et une reconstitution de la chapelle Notre-Dame des Ermites d'Einsiedeln. La basilique Notre-Dame, dont les origines remontent à 1201, a été aménagée dans le style baroque. Du XIIIe siècle également, l'église des augustins et l'église des hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem ont aussi de beaux autels baroques. L'église des cisterciennes de l'abbaye de la Maigrauge, est une construction d'une émouvante simplicité dont les stalles sont du XIVe siècle. Non loin de la ville, les cisterciens de l'abbaye d'Hauterive, fondée en 1136, prient dans une église illustrant la sobriété architecturale de leur ordre, en contraste avec les somptueuses stalles gothiques sculptées au XVe siècle et avec la magnifique grille baroque du chœur, forgée au XVIIIe siècle, époque à laquelle a été rebâti le monastère qui a toutefois conservé son très beau cloître gothique.
Quand survint la Contre-Réforme, les jésuites ont bâti en 1604 l'église Saint-Michel, pourvue au XVIIIe siècle d'un grandiose décor baroque. On y vénère le corps de saint Pierre Canisius dans un gisant d'argent créé en 1942 par l'orfèvre genevois Marcel Feuillat. Les capucins ont édifié l'église Sainte-Marie-Madeleine en 1615, et les capucines l'église de Montorge en 1626. La pittoresque chapelle Notre-Dame de Lorette date de 1648, et l'élégante église des visitandines, surmontée d'une coupole octogonale, de 1655. Enfin, l'église du Christ-Roi, achevée en 1953, possède un très beau chemin de croix, un grand crucifix d'une forte puissance expressive, des vitraux de Strawinsky, Yoki et Schorderet, ainsi qu'une orfèvrerie sacrée contemporaine due à Goudji.
Fribourg a gardé un ensemble rare de plusieurs centaines de maisons gothiques. La Renaissance a enrichi la cité d'un magnifique hôtel de ville et de multiples fontaines ornées chacune d'une statue : Samson, sainte Anne, saint Jean, la Samaritaine, la Vaillance et la Fidélité. Renaissance lui aussi, l'hôtel Ratzé abrite, en liaison avec les anciens abattoirs qui lui font face, le Musée d'Art et d'Histoire. On y voit les statues originales de la cathédrale et des fontaines, une collection de peintures et de sculptures sur bois de la fin du Moyen Âge, du mobilier baroque, des reliquaires produits par les nombreux couvents de la ville, de très belles sculptures de Marcello, pseudonyme de l'aristocrate fribourgeoise Adèle d'Affry, duchesse de Castiglione (1836-1879), ainsi que des œuvres de Jean Tinguely, né à Fribourg en 1925, et de sa compagne Niki de Saint-Phalle. À ce couple d'artistes est dédié par ailleurs un musée spécifique : l'Espace Jean Tinguely et Niki de Saint Phalle.
Enfin, les remparts de la ville, avec leurs portes et leurs tours, mais aussi les ponts sur la Sarine, comme le très aérien pont de Zähringen surplombant le quartier de l'Auge, ou celui de Berne, pittoresque pont couvert en bois, ajoutent encore au charme irrésistible de Fribourg.
En savoir plus
Du dimanche 1er au dimanche 8 mai 2011
LA SICILE GRECQUE, ARABO-NORMANDE ET BAROQUE
Au carrefour des cultures par sa position au cœur de la Méditerranée, la Sicile possède un patrimoine d'une richesse exceptionnelle. Dès le milieu du VIIIe siècle avant Jésus-Christ, les Grecs y ont fondé des colonies prospères et puissantes, leur donnant des monuments qui témoignent toujours avec éclat de leur brillante civilisation. À Syracuse, où la pierre nécessaire aux constructions a été excavée de grandioses carrières connues sous le nom de Latomies, la fontaine d'Aréthuse immortalise un épisode charmant de la mythologie, le temple d'Apollon fait figure de plus ancien temple dorique de l'île, tandis que le temple d'Athéna est incorporé aujourd'hui à la cathédrale. L'autel de Hiéron, long de 200 m, était conçu pour pouvoir sacrifier les bœufs par centaines à la fois. Quant au théâtre, c'est l'un des plus grands du monde grec : 15 000 spectateurs pouvaient s'y rassembler. La Vallée des Temples à Agrigente regroupe dans un cadre inoubliable des monuments d'un intérêt exceptionnel : le temple de la Concorde, resté pratiquement intact, est d'une fascinante beauté ; le temple d'Héra dresse fièrement ses colonnes sur une crête rocheuse ; le temple d'Héraclès aligne huit colonnes émergeant de ses ruines tandis qu'au temple des Dioscures c'est un angle de la colonnade qui a été relevé par les archéologues ; enfin, le temple de Zeus Olympien, l'un des plus grands de l'Antiquité, étale ses ruines sur plus de 6 000 m2. Il n'était pas entouré de colonnes, mais ses murs étaient scandés par une alternance de gigantesques télamons et de colonnes engagées, comme on peut le constater sur la maquette présentée au musée archéologique, où l'on voit aussi une admirable collection de céramiques. L'acropole de Sélinonte, surplombant la mer, est entourée de puissants remparts et montre les ruines d'une demi-douzaine de temples, dont un seul a ses colonnes encore debout. À l'est de la cité, trois autres temples sont isolés sur un plateau désert. Si l'un d'eux montre l'intégralité de sa colonnade, les deux autres sont écroulés. Le plus grand était une construction colossale, de dimensions comparables à celles du temple de Zeus à Agrigente. À Ségeste, c'est le mystérieux peuple des Élymes qui nous a laissé, dans un paysage sublime, un temple intact, resté inachevé, et un théâtre perché au sommet d'un mont d'où se dévoile un panorama grandiose. À Mazzara del Vallo, on peut voir un très élégant satyre dansant, grande statue en bronze du IVe siècle avant Jésus-Christ, retrouvée intacte dans la mer en 1998.
Sur une hauteur dominant le rivage de Naxos où débarquèrent les premiers Grecs, le théâtre de Taormine, avec l'Etna en toile de fond, a été doté par les Romains d'un mur de scène. À Syracuse, ils ont aussi apporté quelques modifications au théâtre grec et bâti un amphithéâtre, tandis qu'à Piazza Armerina on leur doit une très grande villa, véritable palais dont les sols déploient plus de 3 500 m2 de somptueuses mosaïques.
Dominée par les Byzantins à partir de 535, puis soumise par les Arabes au cours du IXe siècle, la Sicile fut conquise par les Normands dans la seconde moitié du XIe. Sous la domination des Hauteville, hobereaux originaires des environs de Coutances, elle développa une remarquable civilisation fondée sur des apports normands, arabes et byzantins. Palerme, sa capitale, en conserve de précieux joyaux. Dans le palais des rois normands, la chapelle palatine, fondée par Roger II en 1132, éblouit par la splendeur de son décor. Les entrelacs multicolores des mosaïques du pavement, les mosaïques d'or sur le marbre blanc recouvrant le bas des murs, les stalactites des plafonds, les motifs géométriques qui y sont peints, sont typiquement arabes, alors que les éclatantes mosaïques figurant le Christ Pantocrator, les saints et les scènes bibliques, sont purement byzantines. Au palais de la Zisa, édifié en 1154, l'architecture et tout le décor sont arabes. L'église Saint-Jean des Ermites, que flanque un charmant cloître gothique envahi par une luxuriante végétation exotique, l'église San-Cataldo et l'église de la Martorana ont aussi une architecture arabe. Cette dernière, bâtie en 1143, possède un décor de splendides mosaïques byzantines et la messe y est aujourd'hui encore célébrée selon le rite byzantin. À la cathédrale, surmontée de clochers gothiques, flanquée d'un grand portique au XVe siècle, puis très remaniée dans le goût néo-classique à la fin du XVIIIe, les maçonneries extérieures ne cachent rien de leurs origines arabes.
À Syracuse, derrière les colonnes d'un temple grec et une théâtrale façade baroque, la cathédrale cache une nef romane d'époque normande. Celle de Cefalù est aussi romane, mais dans la douce lumière de son abside luit la mosaïque byzantine d'un impressionnant Pantocrator. Sur une terrasse dominant la Conca d'Oro, la cathédrale de Monreale représente l'expression la plus achevée de la civilisation promue par les rois normands. Elle fut commencée en 1174 par Guillaume II. Son architecture romane montre un chevet arabe dont les absides sont décorées d'arcs brisés s'entrecroisant, et de rosaces dont les motifs en lave sombre contrastent avec la pierre de la maçonnerie. À l'intérieur, la polychromie des marbres, le décor du bas des murs et le plafond à stalactites dans le sanctuaire sont tout aussi arabes. Mais l'imposant cycle de mosaïques dont sont revêtues les absides et la partie haute des parois est un héritage du monde byzantin. Tout comme la cathédrale, l'immense cloître adjacent, aux innombrables colonnettes incrustées de mosaïques, fut l'œuvre du roi Guillaume II. D'autres monuments plus modestes témoignent avec une grande pureté architecturale de ce style arabo-normand de Sicile : les petites églises de la Sainte-Trinité de Delia, près de Castel Vetrano, ou de San Nicolo Regale à Mazzara del Vallo.
En 1189, à l'extinction de la dynastie normande, la Sicile revint à la maison souabe de Hohenstaufen. Frédéric II, également empereur romain-germanique, continua l'originale synthèse de civilisations entreprise par Roger II. Son souvenir demeure dans le sévère château Ursino de Catane, jadis entouré par l'eau de la mer, maintenant enserré par les laves solidifiées descendues de l'Etna, et dans le grand château de Lombardie à Enna, tandis que dans la cathédrale de Palerme certains continuent fidèlement à venir fleurir sa tombe. Après la mort de l'empereur et l'élimination de son fils naturel Manfred, la Sicile revint en 1266 à Charles d'Anjou, frère de saint Louis. Mais la maison d'Anjou dut s'incliner devant la maison d'Aragon dès 1282 et finalement la Sicile fut rattachée à l'Espagne qui la posséda jusqu'en 1713. Après avoir reçu l'influence du gothique français, comme à la salle capitulaire des cisterciennes de Santo Spirito à Agrigente, la Sicile connut le règne du gothique catalan qui s'impose au palais des ducs de Santo Stefano et au palais Corvaja de Taormine, au porche latéral de la cathédrale de Palerme et au portail de l'ancienne église Saint-Georges de Ragusa-Ibla.
À Palerme, l'église Santa Maria della Catena et le palais Abatellis mêlent au gothique catalan les premières manifestations de la Renaissance, laquelle est parfois marquée par l'influence des Flandres, autre possession espagnole. En témoigne l'extraordinaire fresque du Triomphe de la Mort conservée au palais Abatellis, tandis que les superbes tapisseries de Marsala, offertes par le roi Philippe II, ont été réalisées dans un atelier flamand. La peinture de la Renaissance en Sicile a trouvé son meilleur représentant en la personne d'Antonello da Messina dont on admire une émouvante Annonciation au palais Abatellis de Palerme et un beau Portrait dans le petit musée Mandralisca de Cefalù.
Les XVIIe et XVIIIe siècles ont vu s'épanouir un art baroque foisonnant, illustré par de remarquables artistes. Noto, rasé par un séisme en 1693, fut rebâti avec magnificence par l'architecte Gagliardi, à la demande du prince Landolina. C'est la quintessence du baroque sicilien, surprenant et séduisant par la fantaisie de ses églises et de ses palais : la cathédrale, les églises Saint-François, Très-Saint-Sauveur, Sainte-Claire, Saint-Charles, Saint-Dominique et Montevergine, les palais Ducezio, Landolina, Villadorata et Nicolaci. Gagliardi a aussi construit l'église Saint-Georges de Modica, mise en scène au sommet d'un escalier spectaculaire, et l'église Saint-Georges de Ragusa-Ibla, où il a également conçu la très belle église Saint-Joseph. À Catane, en grande partie submergé par la lave de l'Etna en 1669, puis anéanti par le tremblement de terre de 1693, Vaccarini fut le principal architecte de la reconstruction. Ici, la pierre dorée de Noto laisse la place à l'austère basalte noir dont s'accommodent les fantaisies de la structure et du décor à la cathédrale, à la collégiale Santa Maria dell'Elemosina, aux églises Sainte-Agathe, Saint-Julien, Saint-Benoît et Saint-François, au palais Biscari, à l'ancien séminaire, à l'hôtel de ville et à l'Université.
La façade de la cathédrale de Syracuse s'étant effondrée dans le séisme de 1693, Palma lui en donna une nouvelle, somptueuse, animée de statues sculptées par Marabitti. Dans son voisinage, l'hôtel de ville, ancien palais du Sénat de la cité, bâti en 1628, affiche une noblesse pleine de retenue, alors qu'en face le palais Beneventano del Bosco, datant de 1780, possède une cour plus fantaisiste. L'église de l'abbaye cistercienne Santo Spirito à Agrigente, a été décorée de très beaux stucs par Serpotta. Cet artiste est aussi l'auteur des statues de l'église Saint-Michel des bénédictines de Mazzara del Vallo. Dans cette ville, le baroque règne à la cathédrale et à l'ancien palais du séminaire. Il triomphe dans la majestueuse façade de l'église Santa Veneranda et montre toute sa fantaisie dans les cariatides du portail de l'ancien collège des jésuites. À Enna, c'est dans le plafond en bois sculpté de la cathédrale que ce style s'exprime le mieux. À Palerme, si la très belle fontaine de la place Pretoria relève encore du maniérisme, l'église Saint-Joseph des Théatins et l'église du Gesù déploient sans retenue toute la magnificence baroque.
Quant à la créativité architecturale du XXe siècle, elle semble s'être concentrée dans l'imposante église Notre-Dame des Larmes à Syracuse, érigée par deux architectes français suite à un miracle survenu en 1953.
Mais la Sicile offre aussi le spectacle inoubliable de paysages exceptionnels, comme le majestueux cône enneigé de l'Etna dominant tout l'est de l'île, Taormina l'enchanteresse, avec son jardin public suspendu au-dessus de la mer, Enna, ville perchée dans le ciel, où le rocher de Cérès était le centre du culte rendu à la déesse, tandis qu'à Erice, autre cité construite au sommet d'une montagne vertigineuse, on célébrait le culte de Vénus. Les ruines de Sélinonte, se présentent dans un cadre grandiose battu par les vents en bordure de la mer, celles de Ségeste sont cachées dans un paysage solitaire d'une grande harmonie, et les ruelles secrètes de Cefalù tissent leur réseau entre la plage et l'énorme rocher au pied duquel se blottit la cité.
En savoir plus
Du samedi 14 au vendredi 20 mai 2011
L'ANDALOUSIE MUSULMANNE ET CHRETIENNE
Organisé pour l'association Arts et Découvertes de Marseille, ce voyage accompagné par Christian Regat est ouvert à la clientèle de Regards dans la mesure des places disponibles.
Symbole de Séville, la Giralda est l'ancien minaret de la grande mosquée, converti en clocher pour la majestueuse cathédrale gothique. Celle-ci renferme le tombeau de Christophe Colomb et possède un maître autel dont le retable de 220 m2 est sculpté de milliers de personnages. Après la cathédrale, la plus vaste et la plus riche église de la ville est la collégiale du Sauveur où se trouve le Jésus de la Passion, chef d'œuvre du sculpteur baroque Martinez Montanés. À l'inverse, l'église Saint-Joseph est l'une des plus petites. Elle séduit par son intimité où chatoie un décor baroque de très grande qualité. L'Alcazar, résidence sévillane de la famille royale, est l'un des plus beaux fleurons de l'art mudéjar, style des artistes musulmans qui travaillaient pour les souverains chrétiens. De beaux azulejos et des stucs d'une finesse incomparable ornent le patio des Dames d'honneur, le patio des Poupées et le salon des Ambassadeurs, tandis que les jardins sont un enchantement. La Maison de Pilate, palais des ducs de Medinaceli, aux multiples patios et jardins, allie le raffinement du style mudéjar à l'élégance de la Renaissance. Le palais de la comtesse de Lebrija possède un escalier monumental et ses sols sont enrichis de mosaïques provenant des ruines romaines d'Italica. Le quartier de Santa Cruz est un dédale de ruelles aux pittoresques maisons blanches dont les balcons débordent de géraniums. Chacune a son patio fleuri que l'on aperçoit de la rue à travers une grille en fer forgé. L'immense et magnifique parc Marie-Louise était jadis le jardin du palais San Telmo. À l'occasion de l'Exposition de 1929 on y aménagea divers pavillons et la grandiose place d'Espagne. Celle-ci est entourée en demi-cercle par un immense palais, encadré de hautes tours et bordé d'arcades richement décorées d'azulejos, évoquant les différentes provinces du pays. Plusieurs ponts, ornés eux aussi de céramique, enjambent le canal qui épouse l'arrondi du palais. Le musée des Beaux-Arts présente les œuvres du siècle d'or de la peinture sévillane, illustrée principalement par Zurbaran et Murillo, dans le cadre magnifique de l'ancien couvent de la Merci dont les cloîtres sont autant de ravissants patios.
Les ruines de Médina Azahara immortalisent la gloire d'Abd al-Rahman III, fondateur du califat de Cordoue en 929. Pendant quarante ans l'architecte Maslama Ibn Abad dirigea plus de dix mille hommes pour bâtir cette « Ville de la Fleur », laquelle fleur n'était autre que Zahara, la favorite du calife. Plus des trois quarts de ce site sont encore à découvrir, mais ce que les archéologues ont dégagé suffit à en montrer le raffinement. Le pavillon d'Abd al-Rahman illustre à merveille le syncrétisme de l'art cordouan, mêlant les traditions gréco-romaine et islamique dans la décoration exubérante des plaques de marbre et des chapiteaux.
La prestigieuse histoire de Cordoue au temps du califat, carrefour spirituel et scientifique de l'Occident où cohabitaient musulmans, juifs et chrétiens, où se retrouvaient les penseurs et les artistes de toute l'Europe, est évoquée dans la tour de la Calahorra, gardienne de l'accès au pont romain sur le Guadalquivir. À l'autre extrémité du pont, la cathédrale n'est autre que la grande mosquée, un des monuments les plus grandioses de toute l'Espagne et du monde musulman. Une forêt de près de mille colonnes sépare ses multiples nefs. Dans le mur de la qibla, le mihrab est somptueusement décoré de stucs, de marbres polychromes et de mosaïques pour lesquelles le calife al-Hakam II eut recours à des artistes byzantins. En 1523 on entreprit d'insérer au centre de la mosquée une grande cathédrale de style Renaissance dont les stalles ont été splendidement sculptées dans de l'acajou provenant d'Haïti. Sur la rive du fleuve, l'Alcazar, construit en 1328, fut le théâtre de la rencontre entre Christophe Colomb et les Rois Catholiques, comme l'évoque un groupe sculpté placé dans ses admirables jardins. Dans la vieille ville, des statues rappellent que Cordoue fut la patrie de trois grands philosophes, le romain Sénèque, le musulman Averroès et le juif Maïmonide. Décorée de stucs musulmans dans le plus pur style mudéjar, la synagogue, édifiée en 1315, est l'une des trois seules qui ont subsisté en Espagne. Le lacis des ruelles débouche sur des placettes fleuries et permet d'entrevoir d'admirables patios. Le palais des marquis de Viana, aux appartements richement meublés, constitue à lui seul un véritable musée des patios : il en compte une douzaine, tous différents les uns des autres, auxquels s'ajoute un jardin aux buis taillés vieux de deux siècles.
Perchée à 743 m d'altitude, la petite ville d'Ubeda présente un visage unique en Andalousie. Le conseiller d'État Francisco de los Cobos, homme de confiance de Charles Quint, y fut le promoteur de la Renaissance, grâce à la complicité d'un architecte de génie, Andrès de Vandelvira. Sa chapelle funéraire, l'église du Sauveur du Monde, est un chef d'œuvre absolu : la façade, les portails, la coupole, rivalisent de splendeur ; sur le maître-autel, le retable de la Transfiguration a été sculpté par Berruguete. La place où se dresse cette église est admirablement complétée par le palais du doyen Ortega, avec sa caractéristique fenêtre d'angle, le palais Vazquez de Molina d'une rigoureuse symétrie, et la façade de la collégiale Sainte-Marie. Le palais Vela de los Cobos et le palais des comtes de Guadiana sont d'autres illustrations de l'art raffiné de Vandelvira. Leur font écho les élégantes loggias de l'ancienne maison consistoriale et le superbe hôpital Saint-Jacques. Plus ancienne, l'église Saint-Paul ouvre sur la place du Marché un très beau portail gothique, tandis que le monastère des carmes conserve pieusement le souvenir de saint Jean de la Croix qui y mourut en 1591, mais dont le corps a été transporté à Ségovie.
Autre joyau, Baeza est une petite cité, riche d'un grand patrimoine. La porte de Jaen et l'arc de Villalar, ouvrent sur la pittoresque place du Peuple au centre de laquelle chante la fontaine des Lions. Cette place est bordée par les anciennes boucheries ornées d'un grand blason de Charles Quint, et par la maison du Peuple, ancien tribunal décoré dans le goût plateresque. La merveilleuse place Sainte-Marie est dominée par la cathédrale dont le grand portail latéral est surmonté d'une Nativité de la Vierge. Appuyée à la cathédrale, la maison consistoriale haute, armoriée de plusieurs blasons, ouvre sur la place ses fenêtres de style gothique flamboyant. En contrebas s'étire la longue façade de l'ancien séminaire sur laquelle des étudiants ont laissé leur nom inscrit avec du sang de taureau. C'est aujourd'hui l'Université internationale d'Andalousie. Sur la place, la fontaine Sainte-Marie, construite en 1564, a l'aspect d'un arc de triomphe peuplé de télamons et de cariatides. En contraste avec la modestie romane de la vieille église Sainte-Croix, le palais de Jabalquinto, construit à la fin du XVe siècle, offre un bel exemple de gothique isabellin avec sa façade animée par une profusion de pointes de diamants, de fleurons, de pinacles et de blasons. Sur la promenade de la Constitution, où se dressent l'obélisque de la fontaine de l'Étoile et la colonne de l'Immaculée, s'ouvrent les loggias de la halle au grain et de la maison consistoriale basse. Enfin, l'hôtel de ville, installé dans un bâtiment construit en 1520 pour être à la fois palais de justice et prison, a pour ouvertures des serliennes sculptées avec une grande richesse décorative.
Dans la plaine fertile de la Vega, que ferment à l'horizon les sommets enneigés de la sierra Nevada, Grenade fut jusqu'en 1492 la capitale musulmane du royaume nasride. Conquise par les Rois Catholiques, elle fut pourvue d'une fastueuse cathédrale de style Renaissance, conçue par Diego de Siloé. La rotonde qui lui sert d'abside est couverte d'une coupole culminant à 45m et décorée de peintures d'Alonso Cano. Les deux orgues, aux buffets entièrement dorés, sont un éblouissement. La chapelle royale, dont l'architecture relève encore du gothique flamboyant, sert d'écrin, derrière une magnifique grille plateresque en fer forgé, aux deux superbes tombeaux en marbre de Carrare portant les gisants de Ferdinand d'Aragon et d'Isabelle la Catholique, de Philippe le Beau et de Jeanne la Folle. Son grand retable est un autre chef-d'œuvre de la Renaissance tandis que le trésor de la sacristie renferme des peintures de Sandro Botticelli, Dierik Bouts, Rogier Van der Weyden et Hans Memling. À la Chartreuse, c'est le triomphe absolu du baroque dans l'église, et plus encore dans la sacristie où le foisonnement du décor est allégé par le règne de la couleur blanche et l'abondance de la lumière. Sur la place Neuve s'épanouit la belle façade maniériste de la Chancellerie royale, aujourd'hui palais de justice. Là aboutit l'étroite vallée du Darro qui se faufile entre la colline abrupte de l'Alhambra et le pittoresque quartier de l'Albaicin où se regroupèrent les maurisques après la reconquête de Grenade par les chrétiens. On y voit des bains maures assez bien conservés. Ses ruelles en escaliers grimpent jusqu'à l'église Saint-Nicolas dont le parvis offre un magnifique point de vue sur l'Alhambra.
La visite de l'Alhambra constitue sans doute l'apothéose de ce voyage. Cette forteresse musulmane a été transformée en un complexe de palais d'un raffinement extrême tout au long des XIIIe et XIVe siècles. Yusuf Ier construisit le palais de Comares autour de la belle cour des Myrtes où la salle des Ambassadeurs présente un décor d'une finesse éblouissante. Son fils Muhammad V édifia le palais des Lions autour de l'admirable cour des Lions entourée d'une forêt de fines colonnettes. En son centre, supportée par douze lions, se trouve la célèbre fontaine qui a donné son nom à l'ensemble. La salle des Abencérages, la salle des Rois et la salle des deux Sœurs y rivalisent de splendeur. Le palais du Partal n'a conservé qu'un élégant pavillon qui se mire dans un bassin. Dans un contraste total avec les palais musulmans, le grand palais de Charles Quint s'ordonne avec rigueur autour d'une très originale cour circulaire. Au sommet de la colline, le palais du Generalife est entouré de magnifiques jardins qui ne sont pas le moindre charme de cet ensemble d'art musulman médiéval, le mieux conservé qui soit au monde.
En bordure de la Méditerranée, Malaga, ville natale de Picasso, séduit par ses parcs et la verdure de ses élégantes promenades. La forteresse de l'Alcazaba aux merveilleux jardins est un souvenir de la domination musulmane. La cathédrale, bâtie dans le style de la Renaissance, frappe par la monumentalité de son volume intérieur. On y voit des stalles très richement sculptées. Quant au musée Picasso, il retrace toute l'aventure artistique du peintre, depuis les productions académiques de son adolescence jusqu'à celles de ses dernières années.
En savoir plus
Du dimanche 29 mai au dimanche 5 juin 2011
LA TERRE DE SAINT FRANÇOIS : ASSISE ET L'OMBRIE
« Ici vint au monde un soleil ». Ainsi Dante présente-t-il Assise en faisant allusion à saint François. Cette ville magnifique, perchée sur une colline de l'Ombrie, est imprégnée dans tous ses monuments et ses moindres ruelles de la présence du Poverello. L'oratoire de San Francesco Piccolino est l'ancienne étable où François naquit en 1182. Les vestiges de l'habitation de sa famille sont inclus dans la Chiesa Nuova devant laquelle une sculpture contemporaine immortalise ses parents, le riche marchand Pietro Bernardone et Dame Pica. La cathédrale Saint-Rufin, à la très belle façade romane, abrite les fonts baptismaux où le futur saint fut baptisé, tout comme sainte Claire. Celle-ci naquit en 1195, juste à côté, dans le palais des Favarone degli Offreduzzi, sa noble lignée familiale. La rébellion de François contre son père et contre la société eut lieu devant la sobre façade romane de l'église Sainte-Marie Majeure qui jouxte l'évêché.
En contrebas de la ville, au milieu des oliviers, San Damiano possède un charme très particulier. Cette petite église est celle que François entreprit de réparer en 1205 et où il installa Claire en 1212. C'est là que, malade, il a composé le Cantique des Créatures un an avant sa mort. Le pauvre petit monastère qu'il avait aménagé pour les premières clarisses est particulièrement émouvant : le réfectoire conserve même ses tables d'origine. Plus bas, dans la plaine, l'église néo-gothique de Rivo Torto abrite la masure où les premiers frères mineurs s'installèrent avec François en 1209 et où il rédigea la Règle. Expulsés de là, ils s'établirent en 1211 près de la Portioncule, humble chapelle où saint François donna l'habit à sainte Claire en 1212 et où il mourut en 1226. Les modestes bâtiments des origines ont été enchâssés au XVIe siècle dans l'immense basilique Sainte-Marie des Anges, conçue par l'architecte Galeazzo Alessi. En revanche, la simplicité franciscaine se retrouve intacte aux Carceri, un petit couvent caché dans une forêt de chênes sur les pentes du mont Subasio au-dessus d'Assise.
Aussitôt après la canonisation de François en 1228, on entreprit de construire un grand sanctuaire pour y déposer son corps : la basilique Saint-François, constituée de deux églises superposées. L'église inférieure est bordée de chapelles éclairées par de précieux vitraux. Elle a été ornée de fresques par Cimabue, Giotto, Simone Martini et Pietro Lorenzetti. Cimabue y a laissé un saisissant portrait de saint François. Beaucoup plus aérienne et lumineuse, l'église supérieure a été peinte par Cimabue, Torriti et Cavallini. Mais elle est surtout connue pour les admirables fresques de Giotto illustrant la vie de saint François. Elle renferme de superbes stalles marquetées de la fin du XVe siècle. Au chevet de l'église se trouve le cloître voulu par le pape Sixte IV en 1476. Le trésor est riche en orfèvreries, tapisseries et tableaux. Il possède aussi des vêtements et des écrits autographes de saint François. Le corps de saint Claire, morte en 1253, se trouve quant à lui dans la basilique Sainte-Claire où une peinture sur bois de 1283 évoque les épisodes marquants de sa vie. On y voit aussi le célèbre crucifix miraculeux qui parla à saint François en 1205 dans la chapelle de San Damiano.
Assise possède encore d'autres monuments remarquables. Le temple de Minerve montre la plus belle façade de temple romain en Italie ; la tour du Peuple date du XIIIe siècle, comme le palais du Capitaine du Peuple et le palais des Prieurs abritant la mairie, tandis que San Pietro est la très élégante église romane d'une ancienne abbaye bénédictine. La ville, à laquelle on accède par plusieurs portes fortifiées, est toujours ceinte de ses remparts. Elle est dominée par une imposante forteresse, la Rocca Maggiore, où l'empereur Frédéric II a passé son enfance.
Pérouse, capitale de l'Ombrie, fut une puissante cité étrusque aux IIIe et IIe siècles avant Jésus-Christ. De cette époque lointaine subsistent l'Arc étrusque qui était la porte principale ouverte dans les remparts de la ville, et un puits étrusque au fond duquel un escalier donne accès. De plan circulaire, Saint-Michel-Archange est une église paléochrétienne du Ve siècle. Non loin, la porte Saint-Ange est la plus imposante des portes fortifiées de la ville. Sur la grand-place chante la Fontana Maggiore dont les deux bassins superposés ont été sculptés en 1275 par Nicolo et Giovanni Pisano dont c'est l'une des œuvres les plus notables. À côté, la cathédrale Saint-Laurent, église halle des XIVe et XVe siècles, déploie sa façade inachevée en haut d'un escalier où a été placée en 1555 une grande statue en bronze du pape Jules III. En face, le palais des Prieurs est l'un des plus grandioses palais publics du Moyen Âge, magnifique construction gothique commencée en 1293. Il accueille la Galerie nationale de l'Ombrie, musée idéal pour découvrir la peinture en Ombrie au Moyen Âge et à la Renaissance, époque à laquelle Pérouse a donné à l'histoire de l'art Pietro Vannucci, dit le Pérugin. Le palais contient aussi le Collège des Marchands dont les murs ont été ornés de riches boiseries au XVe siècle, et le Collège des Changeurs dont le décor a été peint par le Pérugin et ses élèves, parmi lesquels Raphaël. Sur la longue façade du palais de l'Ancienne Université s'alignent des fenêtres à meneaux, tandis que le palais du Capitaine du Peuple présente un décor où s'exprime tout le raffinement de la Renaissance. Jouxtant l'église San Francesco al Prato, l'oratoire Saint-Bernardin montre une ravissante façade richement décorée de statues et de bas-reliefs, chef d'œuvre du Florentin Agostino di Duccio qui l'a achevée en 1461. Le baroque a laissé à Pérouse la très belle façade de la Chiesa Nuova et le palais Antinori-Gallenga, siège de l'Université pour Étrangers. La ville est perchée sur une colline et on y accède par une série d'escaliers roulants qui montent à l'intérieur de la Rocca Paolina, puissante forteresse construite en 1540 par Antonio da Sangallo pour le pape Paul III Farnèse.
Autre cité remarquable implantée en hauteur, Gubbio domine une plaine où les Romains ont laissé un théâtre aux ruines encore imposantes. Dans la partie basse de la ville, Saint-François est la belle église d'un couvent franciscain aménagé sur la maison des Spadalonga chez qui François d'Assise avait trouvé refuge lorsqu'il fut chassé par son père. Près de l'église, une sculpture rappelle l'épisode célèbre de saint François sermonnant le loup de Gubbio. Dans la ville haute, le palais des Consuls se dresse sur une terrasse supportée par des maçonneries impressionnantes. La place a été aménagée dans les années 1320 et le palais dix ans plus tard, offrant depuis sa loggia une vue panoramique extraordinaire sur la ville. On y conserve les Tables Eugubines, sept tables de bronze écrites en ombrien avec un alphabet dérivé de l'alphabet étrusque, décrivant avec minutie des rituels religieux. Le palais du Podestat et la longue façade néo-classique du palais Ranghiaschi bordent les autres côtés de la place. Tout en haut de la ville, la cathédrale, dont la vaste nef est scandée par des arcs diaphragmes, voisine avec le palais ducal érigé en 1476 pour le duc d'Urbin Frédéric de Montefeltro. Au sommet du mont Ingino qui surplombe Gubbio, l'église Sant'Ubaldo conserve les « Ceri », trois immenses structures en bois qu'une pittoresque course en costume médiéval transporte à travers la ville lors de la fête de saint Ubald.
L'enceinte de la petite ville de Spello conserve deux portes romaines : la Porta Venere, encadrée de deux tours dodécagonales, et la Porte Consulaire, surmontée d'une tour médiévale. Près des vestiges de l'amphithéâtre romain, la petite église Saint-Claude est un joyau d'art roman. À Sainte-Marie-Majeure, le maître-autel est surmonté d'un très beau baldaquin datant de 1515, tandis que la chapelle Baglioni, au pavement en céramique de Deruta, contient des fresques de 1501, chef-d'œuvre de Pinturicchio. Le vieux palais Cruciani séduit par sa pittoresque galerie de bois. Aux portes de la cité, la villa Fidelia, entourée d'un superbe parc ponctué de cyprès, abrita en 1930 la lune de miel du roi Boris de Bulgarie et de la reine Jeanne de Savoie.
À Bevagna, qui a conservé son enceinte fortifiée, le centre-ville est une véritable scène de théâtre ayant pour décor le portique ombragé du palais des Consuls, édifice gothique de 1270, et les façades romanes des églises Saint-Sylvestre et Saint-Michel dont le portail est délicatement rehaussé d'une tresse de mosaïques.
Protégé par ses remparts, Montefalco occupe une position panoramique qui lui a valu l'appellation de « balcon de l'Ombrie ». Une fois franchie la porte de Frédéric II aménagée en 1244, on est séduit par cette ville hors du temps, organisée autour d'une place circulaire où le Palais Communal dresse sa tour au-dessus d'un portique du XVe siècle. L'église Saint-François est un véritable musée de la peinture ombrienne. Parmi tous les artistes qui s'y sont succédé du XIVe au XVIe siècles, Benozzo Gozzoli a magistralement illustré les scènes de la vie de saint François, tandis que Pérugin a peint une célèbre crèche.
Quant à la discrète abbaye de Sassovivo, sur les pentes du Monte Serrone, elle recèle un admirable cloître du XIIIe siècle dont les colonnettes sont ornées de mosaïques.
Quittant les riants paysages de l'Ombrie, ce voyage s'achève dans les austères solitudes de l'Apennin toscan. Au milieu des épaisses forêts du Casentino, à 1100 m d'altitude, l'ermitage de Camaldoli est le lieu solitaire où saint Romuald a fondé en 1012 l'ordre des camaldules. Menant une vie un peu comparable à celle des chartreux, les camaldules n'ont pas leurs cellules regroupées autour d'un cloître. À l'intérieur d'un enclos, 20 maisonnettes forment une sorte de village quadrillé de rues perpendiculaires. Autre solitude célèbre, la montagne de la Verna, à 1129 m d'altitude, avait été donnée à saint François d'Assise en 1213. C'est là qu'il reçut les stigmates en 1224. Dans un cadre naturel grandiose, la petite église du couvent renferme plusieurs œuvres d'Andrea et de Lucca della Robbia. C'est dans un site également très sauvage que l'on découvre Caprese, le village où naquit Michel-Ange en 1475, son père exerçant alors la fonction de podestat dans cette localité perdue des Apennins.
À l'aller, arrêt à Crémone pour voir la cathédrale romane, l'une des plus belles de Lombardie, l'immense clocher appelé Torrazzo, le baptistère édifié en 1167, et le palais communal du XIIIe siècle qui composent le décor d'une place particulièrement séduisante. À Sesto Fiorentino, découverte de l'étonnante église Saint-Jean-Baptiste, œuvre marquante du grand architecte Michelucci, datant de 1961. Au retour, visite de la somptueuse chartreuse de Pavie. Son église présente une façade d'une richesse inouïe et abrite les tombeaux de Ludovic le More et de Gian Galeazzo Visconti, tandis que les cloîtres sont ornés de magnifiques sculptures en terre cuite.
En savoir plus
Du dimanche 19 au mercredi 29 juin 2011
LA POLOGNE HÉROÏQUE ET ROMANTIQUE
Cracovie, qui se veut la plus belle ville de Pologne, est fière d'en avoir été la capitale pendant plus de cinq siècles. Elle a toujours été le principal centre artistique du pays. Les fortifications de la colline du Wawel, dominant la Vistule, protègent à la fois le château royal et la cathédrale. La cour d'honneur du château, bordée de galeries à l'italienne, a été réalisée au début du XVIe siècle pour Sigismond Ier le Vieux. Les appartements sont richement ornés d'une suite exceptionnelle de 136 tapisseries tissées à Bruxelles de 1550 à 1565. Le Trésor de la Couronne expose « l'Ébréché », glaive du couronnement des rois de Pologne, l'épée de Sigismond Ier et le manteau du Saint-Esprit offert par Louis XIV à Jean III Sobieski, vainqueur des Turcs à Vienne. La cathédrale, encadrée par la Tour des Cloches d'Argent et la Tour de l'Horloge, a été achevée en 1364 dans le style gothique. Elle est enchâssée dans un complexe de chapelles de la Renaissance, dont la plus remarquable est la chapelle Sigismond édifiée de 1517 à 1533 pour abriter le mausolée des derniers Jagellon. Dans la chapelle de la Sainte-Croix, le tombeau de Casimir Jagellon, sculpté en 1492 par Wit Stwosz est un chef-d'œuvre de la fin du Moyen-Âge. Celui de Ladislas Jagellon, sculpté dans les années 1430, a été surmonté au XVIe siècle d'un élégant baldaquin de marbre blanc. Outre les dépouilles de nombreux rois, la cathédrale a recueilli les tombes de héros nationaux, de poètes romantiques, et récemment celle du président Kaczynski, tué dans un accident d'avion en avril 2010. Au centre de la nef se dresse depuis 1671 la somptueuse châsse baroque en argent contenant le corps de saint Stanislas.
En 1364, Casimir le Grand fonda l'Université de Cracovie, la plus ancienne d'Europe centrale après celle de Prague. La cour gothique de son Collegium Maius date du XVe siècle. Copernic et Jean-Paul II en ont été les plus illustres étudiants. Sainte-Anne était l'église de l'Université. Édifiée de 1689 à 1703, elle est peut-être la plus belle église baroque de Pologne. Sur la place du Marché, la grande église gothique Notre-Dame est encadrée de deux tours. La plus haute, d'où retentit toutes les heures une fanfare médiévale, est coiffée d'une pittoresque flèche gothique, tandis que l'autre a un dôme de style Renaissance. À l'intérieur, toute l'attention est captée par le grand polyptyque sculpté de 1477 à 1489 par Wit Stwosz, une pure merveille. Au centre de la place, la Halle aux Draps a été remaniée en 1538 par un architecte italien qui en a fait le prototype de l'interprétation polonaise de la Renaissance. Sur cette place, qu'entourent des demeures seigneuriales ou bourgeoises, se dresse aussi le beffroi de l'ancien Hôtel de Ville. Des fortifications qui protégeaient Cracovie subsiste la porte Saint-Florian, accompagnée par la tour des Passementiers, la tour des Menuisiers et la tour des Charpentiers. Cette porte est précédée par une barbacane dont on peut toujours admirer la dissuasive structure circulaire hérissée de tourelles. Quant au musée Czartoryski, il abrite les collections rassemblées à la fin du XVIIIe siècle par la princesse Isabelle Czartoryska, dont des œuvres de Rembrandt, Van Dyck, Palma le Vieux et le célèbre portrait de La Dame à l'Hermine peint par Léonard de Vinci.
À côté de Cracovie, la mine de sel de Wieliczka, la plus importante d'Europe, était déjà exploitée au XIIIe siècle. Sa visite permet de découvrir de surprenantes chapelles aménagées dans le sel par les mineurs. À l'extrême sud du pays, les montagnes des Tatras, appartiennent aux Carpates. La station de ski de Zakopane, située à 900 m d'altitude, a gardé quelques maisons traditionnelles en bois, auxquelles font écho les collections d'art populaire du musée des Tatras. Au pied des montagnes, les villages du Podhale sont les foyers toujours vivants d'un riche folklore et, à Debno, une merveilleuse église du XVe siècle, construite en bois, conserve un rare décor polychrome réalisé vers 1500. Après les chants et les danses des montagnards, le retour au cœur de la Silésie est empreint de gravité. Oswiecin, plus connu sous son nom allemand d'Auschwitz, fut le plus grand des camps de concentration nazis. Créé en 1940 pour les détenus polonais, il fut transformé par Himmler et ses SS en une usine à exterminer systématiquement les Juifs à partir de 1942. Quatre millions d'hommes, de femmes et d'enfants y ont été assassinés. La visite de ce lieu de mémoire est particulièrement émouvante.
À Czestochowa, centre spirituel de la Pologne, les pèlerins affluent vers la colline de Jasna Gora où de puissants bastions protègent le monastère des paulins, fondé en 1382 par le duc Ladislas II d'Opole. La basilique est surmontée d'une tour, haute de plus de 100m, et contient la chapelle où est vénérée la célèbre icône miraculeuse de Notre-Dame de Czestochowa. Au milieu d'une forêt de chênes, un déjeuner au palais d'Antonin, permet de découvrir ce pavillon de chasse en bois, construit en 1822 pour le prince Antoine Radziwill. Chopin y séjourna en 1827 et en 1829. Peu après l'an 1000, Boleslas, deuxième souverain de la dynastie des Piast, obtint que la plus ancienne ville de Pologne, Gniezno, soit élevée au rang d'archevêché. Dès lors, les archevêques, primats de Pologne, eurent l'honneur de couronner les rois. Aussi la cathédrale est-elle le plus beau monument de la ville. Son admirable porte en bronze, du XIIe siècle, illustre l'histoire de saint Adalbert, évêque de Prague venu évangéliser les Prussiens et martyrisé en 997. Son corps est conservé au-dessus du maître-autel dans un précieux reliquaire baroque en argent. Lorsque Mieszko Ier, père de Boleslas, s'était converti au christianisme en 966, il avait établi le premier évêché de Pologne à Poznan, dont la cathédrale fut rebâtie au XIVe siècle sous l'influence du gothique français. Sa belle Chapelle Dorée contient les tombeaux de Mieszko Ier et de Boleslas. Au centre de Poznan, la place du Vieux Marché est l'une des plus belles du pays, dominée par un hôtel de ville où s'affiche avec éclat le style polonais de la Renaissance. Le pilori y voisine avec la fontaine de Proserpine. À l'église des jésuites on admire la magnificence du baroque romain et au musée National une riche collection de peinture.
Sur le Nogat, bras oriental du delta de la Vistule, les chevaliers teutoniques ont édifié le château de Malbork, la plus grande forteresse gothique d'Europe. Appelés à l'aide en 1229, contre les Prussiens, par le duc Conrad de Mazovie, ils firent la conquête de la Prusse et Malbork fut le siège de leur grand-maître de 1309 à 1457. Au cœur de la Poméranie, en 1231 ils ont fondé Torun, d'où partit au XVe siècle la révolte contre leur domination. Bâtie en 1250 par l'Ordre teutonique, l'église Saint-Jean de Torun possède des fonts baptismaux en bronze, du XIIIe siècle, sur lesquels fut baptisé Nicolas Copernic en 1473. Sa maison natale abrite le musée Copernic, retraçant la vie et l'œuvre du grand astronome. Près de Gdansk, Oliwa est né d'une abbaye cistercienne fondée en 1188. L'église abbatiale, devenue cathédrale, hisse son étroite façade baroque à la hauteur des deux tours gothiques qui l'encadrent. Un concert permet d'apprécier ses orgues de 1763, où un mécanisme met en mouvement des dizaines d'anges, de soleils et d'étoiles. Sopot, la plus chic station balnéaire de la mer Baltique, était à l'origine une grange cistercienne d'Oliwa. Avant la première guerre mondiale, ce fut la plage mondaine de l'empire allemand. Pour permettre l'accostage des bateaux de croisière, une jetée-promenade s'avance sur plus de 500m dans la mer.
Gdansk, au destin tiraillé entre l'Allemagne et la Pologne, fit fortune en s'affiliant à la Hanse en 1350, acquérant la réputation de plus belle ville de la Baltique. Beaucoup de pittoresque dans ses rues bordées de maisons à pignons aigus, découpés et ornés avec la plus grande fantaisie, précédées pour la plupart d'entre elles d'une étroite terrasse à perron de pierre. Entre la Porte d'Or et la Porte Verte, bâties comme de petits palais de style Renaissance, s'étend l'axe principal de la ville. On y rencontre l'hôtel de la Confrérie de Saint-Georges de style gothique tardif, la silhouette altière de l'Hôtel de Ville, édifié au XIVe siècle et doté cent ans plus tard d'un beffroi vertigineux, la charmante fontaine de Neptune et la Maison d'Artus, ancienne bourse dont la façade juxtapose des fenêtres gothiques et un attique de la Renaissance. L'immense église Notre-Dame, remontant au XIVe siècle, est le plus bel exemple des églises halles en Pologne. Sur le quai de la Motlawa, la Porte de la Grue est constituée de deux tours en brique entre lesquelles prend place une grue portuaire en bois du XVe siècle. Mais Gdansk est aussi la ville des Chantiers navals. Un grand monument commémore leur rébellion de 1970, férocement réprimée par le régime communiste, tandis qu'une exposition évoque la naissance, 10 ans plus tard, du syndicat indépendant Solidarnosc qui allait conduire la Pologne vers la liberté sous la conduite de Lech Walesa.
La Pologne a fixé sa capitale au centre des plaines sablonneuses de la Mazovie, sur les rives de la majestueuse Vistule, large ici de plus de 600 mètres. Si la guerre a presque totalement anéanti Varsovie, l'amour de la patrie en a fidèlement reconstitué le riche patrimoine historique. Des remparts de brique, précédés d'une barbacane, protègent la Vieille Ville du côté du couchant. Des maisons colorées, certaines décorées de sgraffites, entourent la place du Marché de la Vieille Ville, tandis que la charmante place des Chanoines est bordée par la cathédrale Saint-Jean. Celle-ci dresse dans le ciel son haut pignon à gradins, caractéristique des églises gothiques de la région. À côté, l'église des jésuites a une façade rythmée de pilastres influencés par la Renaissance flamande, et l'église Saint-Martin montre un Christ particulièrement suggestif, retrouvé dans les décombres en 1945.
La Nouvelle Ville, dont le nom est aujourd'hui anachronique, est une extension médiévale en direction du nord. On y voit la maison natale de Marie Curie, née Sklodowska. Sur la place du Marché de la Nouvelle Ville, l'église Saint-Casimir des Dames du Saint-Sacrement, harmonieuse réalisation baroque, contraste avec la silhouette trapue de Notre-Dame de la Visitation dont le clocher du XVe siècle a des allures de donjon. Au sud, la Vieille Ville est délimitée par le château royal que domine une tour coiffée d'un bulbe baroque. Près de celui-ci, la colonne de Sigismond III porte la statue du roi qui fit de Varsovie la capitale de la Pologne en 1596.
Cette colonne marque le début de la très aristocratique rue du faubourg de Cracovie, reliant le château royal aux palais de Lazienki et de Wilanow. On y voit la solennelle façade néo-classique de l'église Sainte-Anne, d'inspiration très palladienne, et la statue d'Adam Mickiewicz, le grand poète national. L'église des carmes, dont la façade est encadrée par deux originales lanternes de pierre destinées aux cloches, jouxte le palais Radziwill, résidence du président de la République. Devant la façade néo-classique du palais, la statue équestre du prince Joseph Poniatowski, commandant de l'armée polonaise sous Napoléon et maréchal de France, est une œuvre du grand sculpteur danois Thorvaldsen. En face, de belles grilles réunissent les deux pavillons de l'élégant palais Potocki-Czartoryski où Napoléon rencontra Maria Walewska. Mais l'un des plus remarquables monuments de cette voie royale est l'église des visitandines, érigée au XVIIIe siècle. Sa chaire rococo a la forme d'une proue de navire. Devant l'église a pris place en 1986 une puissante statue du cardinal Wyszynski. Frédéric Chopin habita de 1827 à 1830 dans le palais Czapski, caché au fond d'une cour ombragée gardée par les deux aigles de sa grille. Le cœur du compositeur est conservé dans l'église voisine dédiée à la Sainte-Croix. En face, la cour de l'Université, fondée en 1818, donne accès au palais de Jean-Casimir, résidence d'été de ce roi. Derrière la statue de Nicolas Copernic, le palais Staszic montre une majestueuse façade classique.
La rue du faubourg de Cracovie se prolonge par la rue du Nouveau Monde et les allées d'Ujazdow qui conduisent au parc de Lazienki, peuplé d'écureuils familiers. Une grande statue de Frédéric Chopin se dresse à son orée. Dans les années 1770, le roi Stanislas-Auguste Poniatowski y fit aménager le magnifique palais de Lazienki, à partir d'un pavillon de bains du siècle précédent, établi au milieu d'un étang pour le Grand Maréchal de la Couronne Stanislas Lubomirski. Petit et d'élégantes proportions, ce palais est agrémenté de chaque côté par une colonnade franchissant l'eau sur une arcade. En bordure du parc, le palais du Belvédère, transformé par Stanislas-Auguste en manufacture de porcelaine, est aujourd'hui le bureau du président de la République. À 10 km du centre de Varsovie, le roi Jean III Sobieski fit entreprendre en 1677 la construction du palais de Wilanow, chef d'œuvre de l'architecture baroque polonaise, dans de très beaux jardins à la française. Au XIXe siècle, le comte Stanislas Potocki, collectionneur passionné, en fit un riche musée, célèbre pour sa galerie de portraits polonais.
D'un tout autre genre, le colossal Palais de la Culture et de la Science est un parfait exemple d'architecture stalinienne, tandis que le monument aux Héros du Ghetto, entouré de chandeliers à sept branches, rappelle la tragique insurrection du ghetto de Varsovie.
En savoir plus
Du dimanche 10 au mercredi 13 juillet 2011
VILLES SECRÈTES, SANCTUAIRES PRINCIERS ET CHÂTEAUX ENCHANTÉS DU PIÉMONT
Ignorées des circuits touristiques, de nombreuses petites villes du Piémont méritent une visite attentive en raison de la richesse de leur patrimoine. Carignan, qui a donné son nom à la branche cadette de la maison de Savoie parvenue sur le trône avec Charles-Albert, possède une cathédrale baroque comptant parmi les réalisations majeures de l'architecte Benedetto Alfieri. Dans le centre médiéval d'Alba, subsistent plusieurs tours et maisons fortes. La cathédrale gothique conserve les portails romans de l'édifice antérieur, de superbes stalles du XVIe siècle et un remarquable baptistère contemporain. L'église Saint-Dominique est un autre témoignage du gothique piémontais, tandis que l'église Saint-Jean est d'architecture baroque. Mondovi, patrie au XVIIIe siècle de l'architecte Francesco Gallo, est constitué de Breo, la ville basse, et de Piazza, la ville haute, que relie un funiculaire. Le jardin du belvédère offre un beau panorama sur la plaine. Francesco Gallo est l'auteur des églises Saint-Philippe, présentant une monumentale façade et un intérieur d'une grande élégance, de la Miséricorde, décorée de fresques par Gagini, et de la cathédrale, dont la façade grandiose met en valeur une statue colossale de saint Donat. La paroissiale Saints-Pierre-et-Paul a une coupole de Vittone et porte un automate frappant les heures, devenu le symbole de Mondovi. Quant à l'église de la Mission, elle domine la grand-place de sa somptueuse façade et présente une nef grandiose, d'un fort effet scénographique, où l'on est émerveillé par les trompe-l'œil de la voûte peinte en 1679 par le grand maître du genre, Andrea Pozzo.
Savigliano réserve bien des surprises. La pittoresque place Santarosa est bordée de maisons à arcades du Moyen Âge et de la Renaissance. Elle est dominée par la tour communale et se termine par un arc de triomphe à la gloire des ducs de Savoie. Un monument y a été élevé à celui dont elle porte le nom, Santorre di Santarosa, maire de Savigliano à 24 ans, principal protagoniste de la révolution piémontaise de 1821. Si la collégiale Saint-André dresse dans le ciel un élégant clocher baroque, l'église Saint-Pierre déploie tout en largeur sa façade du XIXe siècle. Pour sa part, le théâtre Milanollo constitue un petit joyau d'architecture néo-classique. Mais le plus grand intérêt de Savigliano réside dans deux résidences aristocratiques. Le palais Muratori-Cravetta donne sur un beau jardin par une admirable façade maniériste, animée de niches garnies par les bustes de princes et de princesses de la maison de Savoie, tandis que dans les fausses fenêtres de l'attique apparaissent des personnages peints en trompe-l'œil. La salle où Charles-Emmanuel Ier mourut de la peste en 1630 a conservé le décor peint de son superbe plafond à caissons du XVe siècle. Mitoyen, le palais Taffini d'Acceglio cache, derrière une façade majestueuse, une élégante cour bordée par trois étages de galeries. Dans son grand salon, de somptueuses fresques imitant des tapisseries ont été commandées, vers 1640, par le prince Thomas de Savoie-Carignan pour illustrer les victoires militaires de son frère aîné le duc Victor-Amédée Ier. D'autres pièces conservent le décor rococo qui leur fut donné au XVIIIe siècle par Mademoiselle de Savigliano, Isabelle de Savoie-Carignan.
Des châteaux enchantés ponctuent le fascinant paysage des Langhe dont les reliefs tourmentés voient s'épanouir les meilleurs vignobles piémontais. Le vin le plus prestigieux porte le nom du village de Barolo où le grand château des marquis Falletti di Barolo a été remanié dans le goût historiciste du XIXe siècle par la dernière marquise, née Julie Colbert. À la même famille appartenaient deux forteresses altières, le château de Castiglione Falletto, dominant un village perché au sommet d'une colline, et le château de Serralunga d'Alba qui jaillit dans le ciel avec une verticalité exacerbée. Édifié au XIIIe siècle, le château de Grinzane fut la résidence préférée de Cavour, mais c'est dans son château de Santena que se trouve le musée consacré au principal artisan de l'unité italienne. Son tombeau est dans la chapelle funéraire aménagée sous l'église paroissiale. Le château des Provana, à Guarene, est une magnifique demeure baroque. On y admire surtout la chambre à coucher chinoise et la gracieuse chapelle. Mais l'un des plus surprenants est le château de Pollenzo, forteresse du XIVe siècle, remaniée au XIXe par le roi Charles-Albert qui restaura aussi le bourg médiéval, édifia une église et les vastes bâtiments d'une ferme modèle, dans un style néo-roman et néo-gothique dû à Pelagio Palagi et Ernesto Melano.
Deux sanctuaires illustrent avec magnificence la foi des princes de la maison de Savoie. À Alba, la bienheureuse Marguerite de Savoie-Achaïe, veuve du marquis de Montferrat, fonda en 1446 un monastère de dominicaines dont l'église, dédiée à Sainte-Marie-Madeleine, a été reconstruite en 1749 par Bernardo Vittone. Celui-ci en a fait un joyau de l'art baroque, de plan elliptique, enrichi de fresques lumineuses, où des marbres précieux décorent la chapelle abritant le reliquaire en argent de la bienheureuse Marguerite. À Vicoforte, en 1595, le duc Charles-Emmanuel Ier confia à Ascanio Vittozzi la construction d'un immense sanctuaire en l'honneur de la Vierge. Il fallut attendre le XVIIIe siècle pour que Francesco Gallo en réalise l'étonnante coupole. À l'intérieur, inondé de lumière, 600 m2 de peintures en trompe l'œil s'envolent jusqu'au sommet de cette coupole, à 84 m de hauteur. Un somptueux autel, dessiné par Gallo, porte le précieux travail d'orfèvrerie encadrant l'image miraculeuse de la Vierge. Dans une chapelle, les frères Collino ont sculpté en 1792 le tombeau monumental de Charles-Emmanuel Ier ; dans une autre se trouve celui de sa fille, la duchesse de Mantoue Marguerite de Savoie.
En savoir plus
Du dimanche 4 au vendredi 9 septembre 2011
LA VÉNÉTIE DES VILLAS PALLADIENNES, VICENCE ET PADOUE
Aucun architecte n'a suscité une postérité aussi féconde qu'Andrea Palladio. Entre Renaissance et Baroque, ses recherches de formes épurées ont inspiré, jusqu'au XIXe siècle, des réalisations aussi inattendues que des bâtiments officiels aux États-Unis, des palais en Russie ou en Angleterre, et jusqu'à la villa de Syam dans le Jura, ou le château du Forézan à Cognin, près de Chambéry. Ce génie fait la gloire de Vicence, où il a vécu de 1524 à 1580, poussé à donner le meilleur de lui-même par le mécénat éclairé du comte Trissino. Il y a bâti de nombreux palais parmi lesquels le plus remarquable est le palais Chiericati, construction de proportions parfaites, allégée par la prévalence des vides sur les pleins. Comme édifices publics, il a conçu la Loggia du Capitanat, aux gigantesques colonnes engagées, et les très élégantes galeries entourant la gigantesque salle du conseil des Quatre-Cents, qualifiée depuis lors de Basilique palladienne. Mondialement connu, son Théâtre Olympique a été achevé après son décès par son disciple Scamozzi qui a créé la fameuse perspective de la scène. Aux portes de la cité, la villa la Rotonda, décor de Don Giovanni dans le beau film de Losey, est sans doute l'œuvre la plus parfaite de Palladio, achevée elle-aussi par Scamozzi, à qui l'on doit encore le palais Trissino-Baston où est établi l'Hôtel de Ville. Née au milieu du XVIIe siècle, la villa Valmarana ai Nani, décorée de superbes fresques de Giambattista Tiepolo et de son fils Giandomenico, se trouve aux abords du Monte Berico, sanctuaire à la Vierge où l'on admire une sublime Pietàde Montagna et une immense toile de Véronèse. De son passé vénitien, Vicence a conservé de ravissants palais gothiques, tandis qu'un décor soigné embellit la Casa Pigafetta, maison du navigateur Antonio Pigafetta qui commandait en second l'expédition de Magellan autour du globe. Santa Corona, église gothique du XIIIe siècle, a été bâtie pour abriter une épine de la couronne du Christ offerte par saint Louis. Les incrustations de pierres dures et de nacre du maître-autel sont de toute beauté. Le cœur de Vicence bat sur la Piazza dei Signori que domine de ses 90 m la Torre di Piazza. Marquée des deux colonnes vénitiennes que l'on rencontre sur toutes les places des cités ayant appartenu à la Sérénissime République, cette place s'étire entre la façade du Mont de Piété, dans laquelle est incorporée l'église Saint-Vincent, et la basilique palladienne à l'ombre de laquelle médite la statue de Palladio.
Tout près de Vicence, on voit à Altavilla Vicentina la grandiose villa Valmarana-Morosini, construite en 1724, et à Montecchio Maggiore la villa Cordellina-Lombardi, pour laquelle Giorgio Massari, en plein XVIIIe siècle, a repris très fidèlement l'architecture de Palladio. Giambattista Tiepolo en a décoré le salon central. Au nord de la ville, la villa Caldogno a été dessinée par Palladio, tandis que Fasolo et Zelotti y ont peint l'un des plus beaux cycles de fresques de la peinture vénitienne du XVIe siècle. À Villaverla, la villa Verlato-Putin, créée par Scamozzi en 1574, a servi au milieu du XIXe siècle de modèle pour l'Hôtel de Ville d'Annecy. Dans la même localité, la villa Ghellini, du XVIIe siècle, est restée inachevée. À Lugo di Vicenza, dans un fort beau jardin à l'italienne, la villa Godi-Valmarana-Malinverni fut le siège de l'état-major britannique contre les Autrichiens durant la première guerre mondiale. C'est l'une des premières réalisations de Palladio et plusieurs peintres ont concouru à son riche décor. Juste en face, Palladio a érigé la villa Piovene-Porto-Godi, agrandie au XVIIIe siècle de deux vastes portiques, les caractéristiques barchesse des villas de Vénétie. Dans le jardin à l'italienne, un escalier descend vers un très raffiné portail baroque en fer forgé. Un parc romantique accueille les tombes de la famille, dont celle du grand écrivain Guido Piovene, mort en 1974.
Au pied des Préalpes vicentines, Marostica est une petite ville qui appartenait au Moyen Âge aux Della Scala de Vérone. Au XIIIe siècle, ils ont construit ses remparts et ses deux châteaux. En 1404, la ville s'est donnée à la République de Venise comme le rappelle la colonne portant le lion de saint Marc, sur la place, dallée en un gigantesque damier, où se joue chaque année une partie d'échec dont les pions sont des hommes et des chevaux. En 1489, la ville fut donnée par Venise à Catherine Cornaro en échange du royaume de Chypre. Thiene est la patrie de saint Gaétan, fondateur des théatins. Sa famille habite toujours le château où deux tours crénelées, subsistant de la forteresse initiale, encadrent une façade vénitienne du XVe siècle. Fasolo et Zelotti en ont décoré l'intérieur. Au XVIIIe siècle ont été construites les somptueuses écuries dont les 32 stalles sont séparées par des colonnes de marbre rose portant chacune une statue de marbre blanc.
Dans la vallée du Brenta foisonnent les villas des familles patriciennes de Venise. Édifiée par Palladio en 1546, la villa Contarini-Simes, à Piazzola sul Brenta, a fini par devenir au XVIIe siècle un immense palais baroque dédié aux fêtes et à la musique. La famille Contarini y installa deux théâtres, deux conservatoires de musique, une salle de concert et même une imprimerie pour éditer les gravures des fêtes qu'elle y organisait. À Strà, la villa Pisani, construite au XVIIIe siècle, compte 114 pièces ornées de fresques de Guarana, Crosato, Tieplo et Zuccarelli. Séparées de la villa par un long miroir d'eau, les écuries sont aussi grandes qu'elle et ont l'apparence d'un véritable palais. La splendeur du parc ne le cède en rien à celle des bâtiments. Napoléon acheta la villa en 1807 pour en faire la résidence d'été d'Eugène de Beauharnais. Passée aux Habsbourg en 1815, elle revint à la maison de Savoie en 1866. En comparaison, l'élégante villa Widmann à Mira semble toute petite. Cette demeure rococo du XVIIIe siècle possède une salle des fêtes entourée d'un balcon en mezzanine et décorée de fresques magnifiques. Toujours à Mira, tout près de la lagune de Venise, La Malcontenta fut commandée à Palladio par les Foscari en 1558. Ses fresques sont parmi les plus harmonieuses du peintre Zelotti.
Après avoir été une commune libre, Padoue fut au XIVe siècle le fief des Carrara, protecteurs de Pétrarque, puis tomba sous la domination de Venise en 1405. La chapelle des Scrovegni, riche famille de banquiers, a été décorée par Giotto d'un admirable cycle de fresques achevées en 1305. D'autres fresques, peintes en 1375 par Giusto de Menabuoi, revêtent la coupole du beau baptistère roman. La cathédrale, rebâtie en 1552, présente un intérieur majestueux où l'autel, l'ambon, la cathèdre et la représentation des saints vénérés à Padoue constituent un ensemble remarquable d'art sacré contemporain, datant de 1997. Contemporaines sont aussi les superbes portes en bronze de Sainte-Justine, dont l'architecture évoque les églises de Palladio à Venise. Toutefois, le plus connu des sanctuaires de la ville est le Santo, la grandiose basilique romano-gothique, aux allures quelque peu orientales, qui abrite le tombeau du très populaire saint Antoine... qui n'est pas de Padoue, mais de Lisbonne ! Le maître-autel est orné de bronzes sculptés par Donatello. La fastueuse chapelle du tombeau est entourée de bas reliefs illustrant l'histoire de saint Antoine. À côté de la basilique, dans la Scuola di Sant'Antonio, sa vie est évoquée par les fresques de peintres vénitiens du XVIe siècle, parmi lesquels le Titien. Devant le sanctuaire, la statue équestre du Gattamelata, célèbre condottière, est un chef-d'œuvre de Donatello. Au cœur de Padoue, le Palais de la Raison fut le tribunal au XIIIe siècle, vaste salle de près de 80 m de longueur, large et haute de 27m, que recouvre une charpente en carène de bateau renversée. La vénérable Université, où saint François de Sales a fait ses études de droit et où Galilée a enseigné, a gardé sa belle cour du XVIe siècle. Le Café Pedrocchi, inauguré en 1831, juxtapose, derrière une façade néo-classique, des salons étrusque, grec, romain, Renaissance, égyptien et mauresque, ainsi qu'une salle de bal de style Empire et une pâtisserie néo-gothique. Le Prato della Valle, spacieuse esplanade aménagée dans une île elliptique, est entouré d'un canal dont les balustrades et les ponts sont ornés de statues, tandis que le jardin botanique, fondé en 1545, est l'un des plus anciens d'Europe.
En savoir plus
Du dimanche 18 au dimanche 25 septembre 2011
LISBONNE, FATIMA ET LES GRANDES ABBAYES DU PORTUGAL
Lisbonne s'étend au bord du Tage, qui, en s'élargissant en amont de la ville, forme la mer de Paille. Deux ouvrages d'art remarquables relient les deux rives : le pont du 25 Avril, long de plus de 2 km, dont le tablier est suspendu à 70 m au-dessus du fleuve, et le pont Vasco de Gama, le plus grand d'Europe avec ses 17km de longueur. Le premier conduit à la colossale statue du Christ Roi, copie de celle de Rio de Janeiro. Son ascension offre une vue unique sur la capitale portugaise et son fleuve. La ville est dominée par le château Saint-Georges, bâti par les Wisigoths et agrandi par les Maures. À ses pieds, la cathédrale fortifiée, la Sé, est un édifice roman du XIIe siècle. Elle voisine avec Santo Antonio da Sé, sanctuaire aménagé sur la maison natale de saint Antoine, mort à Padoue mais natif de Lisbonne. En contrebas du belvédère de Santa Luzia, le quartier populaire d'Alfama dévale vers le Tage par un lacis d'escaliers pittoresques et de ruelles tortueuses. C'est, au contraire, un urbanisme soigneusement planifié par le marquis de Pombal qui régit le quartier de la Baixa, reconstruit après le terrible séisme qui dévasta Lisbonne en 1755. Il s'étend entre la place du Rossio, où une colonne porte la statue du roi Pierre IV devant le théâtre Dona Maria II, et la vaste place du Commerce ouvrant sur le Tage. Entourée par les élégantes façades à arcades de différents ministères, ennoblie par un arc de triomphe, elle a pour centre la statue équestre du roi José Ier, sculptée en 1775 par Machado de Castro.
Le monastère de la Madre de Deus, pourvu de deux cloîtres, a une église tapissée de faïences de Séville et de carreaux hollandais. Le chœur des moniales constitue un sommet du baroque portugais. Cet ancien couvent, devenu le musée national de l'Azulejo, offre un panorama complet de ce type de décor, depuis les carreaux hispano-mauresques jusqu'aux créations contemporaines. Celles-ci ont en quelque sorte leur propre musée dans les stations du métro qu'elles embellissent avec éclat. Le quartier de Bélem tient son nom de Notre-Dame de Bethléem, l'église du monastère des Hyéronimites, éblouissante réalisation du style manuélin. L'église, abritant les tombeaux de Vasco de Gama, du poète Camoens, des rois Manuel Ier et Jean III, est couverte d'une voûte d'une hardiesse stupéfiante, qui a résisté au séisme de 1755. Le cloître est d'une extraordinaire richesse sculpturale. À côté, le musée de la Marine fait revivre le rôle joué par les Portugais dans les grandes découvertes, épopée qu'évoque aussi le solennel Monument des Découvertes dressé en bordure du Tage, non loin de la tour de Bélem, forteresse transfigurée par l'art manuélin en un délicat palais posé sur les eaux. Le musée des Carrosses expose des véhicules exceptionnels, comme la berline peinte de Philippe II, les fastueux carrosses du marquis de Fontes, ambassadeur à Rome en 1716, ou celui du roi Jean V, admirable par ses sculptures et ses peintures.
Aux portes de la ville, dans un jardin splendide, le palais de Queluz, d'un précieux style rococo, fut le petit Versailles des souverains portugais, tandis que le palais du marquis de Fonteira dégage un charme particulier en raison des azulejos très variés qui en décorent les jardins. Deux grands musées sont consacrés aux arts. Le musée national d'Art ancien illustre toute l'évolution de la peinture et de la sculpture au Portugal jusqu'au début du XIXe siècle. Son joyau est le polyptyque de l'Adoration de saint Vincent peint au XVe siècle par Nuno Gonçalves. Le musée Calouste Gulbenkian rassemble les collections offertes au Portugal par ce milliardaire arménien : art religieux médiéval, peinture flamande de Van der Weyden et Rubens, hollandaise de Rembrandt, italienne de Ghirlandio et Guardi, anglaise de Gainsborough, Lawrence et Turner, française de La Tour, Largillière, Corot, Manet, Degas, Renoir, sans oublier les sculptures de Houdon et Rodin, ou les créations Art Nouveau de Lalique.
Au sud de Lisbonne, derrière la sierra d'Arrabida, sur les flancs de laquelle les franciscains ont établi un pittoresque couvent surplombant l'océan Atlantique, le port de Setubal est protégé par le château Saint-Philippe dont les remparts révèlent un panorama très étendu. Sa chapelle est ornée d'azulejos du XVIIIe siècle. En ville, l'église de Jésus marque les débuts du style manuélin. Son musée abrite une importante collection de peinture des XVe et XVIe siècles. Au nord de Lisbonne, la sierra de Sintra est bordée par les célèbres stations balnéaires d'Estoril et de Cascais. À son sommet se dresse l'étonnant château de la Pena, pastiche des styles mauresque, gothique, manuélin, Renaissance et baroque, bâti au milieu du XIXe siècle par Ferdinand de Saxe-Cobourg-Gotha, époux de la reine Marie II. Le palais royal de Sintra est surmonté par les deux immenses cheminées coniques des cuisines. La salle des Blasons a des murs recouverts d'azulejos et un plafond constellé d'armoiries, la salle des Pies doit son nom aux oiseaux que le roi Jean Ier y fit peindre, le patio central rappelle ceux de Séville et de Grenade, tandis que le style mudéjar s'impose au plafond de la salle des Cygnes.
Voulu par le roi Jean V à la manière de l'Escorial espagnol, Mafra est un palais-monastère gigantesque où 50 000 ouvriers ont travaillé de 1715 à 1750. Au nord de Mafra, la charmante petite ville d'Obidos, enclose dans ses murailles, séduit par les pittoresques ruelles réservées aux piétons et la place Santa Maria où une église ornée d'azulejos du XVIIIe siècle voisine avec le pilori. L'abbaye d'Alcobaça est le plus grand monastère cistercien du Portugal. Derrière une façade baroquisée, la nef de l'église, longue de 100 m et conforme à la simplicité voulue par saint Bernard de Clairvaux, impressionne par sa nudité. Dans le transept se font face les tombeaux gothiques de Pedro Ier et d'Inès de Castro, la fameuse Reine Morte, pour que les deux amants se retrouvent les yeux dans les yeux au jour de la Résurrection. D'une grande sobriété, le cloître a été surmonté d'une galerie en étage au XVIe siècle. La salle du chapitre, la salle des moines, le réfectoire et le dortoir sont de beaux exemples d'architecture cistercienne, tandis que l'immense cuisine est entièrement revêtue de faïences blanches.
Le village d'Aljubarrota rappelle la grande bataille remportée en ce lieu par les Portugais sur les Castillans en 1385, commémorée par le monastère de Batalha, apothéose du gothique rayonnant dans un jaillissement de gâbles, de pinacles, de clochetons et d'arcs-boutants, tandis que l'art manuélin y trouve son expression la plus poétique dans les « chapelles inachevées ». Dans la chapelle du fondateur, couverte d'une voûte en étoile, se trouvent les tombeaux du roi Jean Ier, de son épouse Philippa de Lancastre et des infants. Le cloître royal a ses arcades garnies de remplages de style manuélin, ajourés comme de fines dentelles. L'extraordinaire voûte de la salle capitulaire abrite le Tombeau du Soldat inconnu, veillé par une garde d'honneur.
À Tomar, au sommet d'une butte dominant la ville, l'ancienne forteresse des Templiers est devenue en 1357 le siège de l'Ordre du Christ. La rotonde des Templiers a été bâtie au XIIe siècle sur le modèle du Saint-Sépulcre de Jérusalem. Au XVIe siècle, les chevaliers du Christ lui ont ajouté une nef dont le portail est de style plateresque. Le couvent du Christ s'organise autour de sept cloîtres. Celui du Cimetière et celui des Ablutions sont d'élégantes réalisations gothiques dues à l'infant Henri le Navigateur. Le grand cloître du XVIe siècle, d'architecture palladienne, fut le cadre du couronnement de Philippe II d'Espagne comme roi du Portugal. Depuis le cloître de Sainte Barbara on peut voir la fenêtre réalisée en 1510 par Diogo de Arruda pour la façade occidentale de l'église, la plus extraordinaire réalisation du style manuélin.
Dans un paysage de collines verdoyantes, de grands pèlerinages rassemblent des milliers de fidèles au sanctuaire de Fatima, érigé à la Cova da Iria où la Vierge apparut à trois jeunes bergers, Francisco, Jacinta et Lucia, le 13 de chaque mois, entre mai et octobre 1917. Une immense esplanade, que certains pèlerins traversent à genoux, précède la basilique flanquée d'un péristyle en arc de cercle et surmontée d'un clocher haut de 65 m. Sur l'esplanade, où se déroule chaque soir une procession aux flambeaux, la Chapelle des Apparitions sert d'écrin à la statue de Notre-Dame de Fatima. Depuis 2007, les pèlerins peuvent prier dans la très spacieuse église de la Sainte Trinité, d'une grande sobriété architecturale, offrant une capacité de 8 000 places assises.
En savoir plus
Du mardi 4 au dimanche 9 octobre 2011
LA TOSCANE AUTREMENT : L'ÎLE D'ELBE ET LES CINQUE TERRE, PISE, LUCQUES ET CARRARE
Tout le monde connaît Florence ou Sienne, mais qui connaît de Pise autre chose que sa tour penchée ? Qui connaît Lucques, Carrare ou l'île d'Elbe ? Qui, en dehors des randonneurs, a pu voir les Cinque Terre ? Autant de découvertes auxquelles vous convie La Toscane autrement.
À 10 km du littoral toscan, l'île d'Elbe, qui culmine à plus de 1 000 m d'altitude, présente des rivages escarpés et rocheux, découpés de baies profondes. C'est là que fut relégué Napoléon, après son abdication à Fontainebleau, entre mai 1814 et février 1815. Le tour de l'île permet la découverte de paysages magnifiques et de charmants villages. Porto Azzuro est gardé par la forteresse Saint-Jacques et le fort Focardo, non loin du sanctuaire de la Madonna di Monserrato dont le site évoque le Monserrat catalan. Perché sur une colline, Capoliveri conserve son aspect de bourg médiéval, tout comme San Piero in Campo d'où l'on monte au col du mont Perrone en passant près des ruines d'une tour et d'une église romane. Sur une crête descendant du mont Capanne se cachent dans un bois épais le pittoresque village de Marciana et sa lourde forteresse, dominés dans la montagne par le sanctuaire de Madonna del Monte. Par son nom, Portoferraio rappelle que l'exploitation du fer fut de tout temps l'activité spécifique de l'île. La petite ville, est protégée par les forts de l'Étoile, du Faucon et de la Linguella. À ses abords on voit les restes d'une villa romaine et Santo Stefano alle Trane, belle église romane constituant le seul vestige d'une localité détruite par les Sarrasins. L'ancien couvent San Salvatore rassemble au sein de la pinacothèque Foresiana les tableaux collectionnés par la famille Foresi. Dans l'église de la Miséricorde on voit le masque mortuaire de Napoléon et un moulage de sa main droite, tandis que la maison des Moulins est le dérisoire palais de l'empereur déchu qui a laissé là les 1100 volumes de sa bibliothèque personnelle. À 6 km de Portoferraio, la villa San Martino s'appelle villa Napoléon depuis qu'elle a servi de résidence d'été à l'empereur. On y visite ses appartements et celui du maréchal Bertrand. Dans le parc, la très élégante villa Demidoff, de style néo-classique, a été construite au milieu du XIXe siècle pour l'époux de la princesse Mathilde, nièce de Napoléon.
Le souvenir des Bonaparte se retrouve à Piombino et à Lucques, dont Napoléon fit une principauté qu'il confia en 1805 à sa sœur Élisa, y adjoignant Massa et Carrare l'année suivante, avant de lui attribuer en 1809 le grand duché de Toscane. Jusqu'à la conquête française de 1799, Lucques fut toujours une République fière de sa liberté. La ville ancienne est intégralement entourée par les puissants remparts aménagés au XVIe siècle. Leur épaisseur, 30 m à la base, a permis de les transformer en une agréable promenade plantée d'arbres. L'étonnante place du Marché, de plan elliptique, n'est autre que l'arène de l'amphithéâtre romain dont les gradins sont recouverts par les maisons qui l'entourent. D'admirables églises romanes témoignent de la richesse de la République aux XIIe et XIIIe siècles. La plus remarquable est San Michele in Foro dont la partie inférieure est rythmée par de grandes arcades aveugles, au-dessus desquelles court une galerie aux colonnettes incrustées de mosaïques. Sur la façade se superposent quatre étages de galeries pour former un haut pignon portant une très grande statue en marbre de saint Michel. On y voit des œuvres d'Andrea della Robbia et de Filippino Lippi. La façade de la cathédrale est du même type, mais ne superpose que trois étages de galeries au-dessus des amples arcades d'un porche profond. Elle est flanquée d'un superbe clocher crénelé. L'intérieur renferme le tombeau d'Ilaria del Carretto, chef-d'œuvre de Iacopo della Quercia, une des plus pures créations de la sculpture italienne du Quattrocento. Une harmonieuse structure octogonale en marbre abrite le Volto Santo, crucifix miraculeux que la légende attribue à Nicodème. San Frediano fait chatoyer sur sa façade une grandiose mosaïque italo-byzantine attribuée à Berlinghieri, tandis qu'un baldaquin couvre ses fonts baptismaux romans, sculptés de bas-reliefs. San Giusto et San Cristoforo se distinguent par la richesse ornementale de leurs portails, et San Pietro Somaldi découpe délicatement ses deux étages de loggias sur une façade rayée de blanc et de gris. Les maisons des Guinigi, véritable forteresse privée au cœur de la ville, ont été édifiées au XIVe siècle. Elles sont dominées par une tour au sommet de laquelle pousse un pittoresque bosquet de chênes verts. Quant à la villa Guinigi, bâtie au XVe siècle, elle abrite les collections de peinture et de sculpture du Musée National. La place Napoléon, créée par Élisa Baciocchi en détruisant tout un pâté de maisons pour disposer d'une place royale à la française, met en valeur le majestueux palais de la Province, ancien palais de la Seigneurie, qui fut la demeure de la sœur de Napoléon.
Autre ville où s'exerçait la souveraineté de celle-ci, Carrare est mondialement connu pour ses carrières de marbre, exploitées dans les Alpes Apuanes qui culminent à 1 945 m d'altitude. Dans un paysage farouche, le gigantesque travail des hommes offre un spectacle extraordinaire. Les carrières de Fantiscritti sont les plus impressionnantes par leur route d'accès, l'âpreté de leur site et leur étagement. Aux portes de la ville, le Musée national du Marbre en présente les différentes variétés et les techniques d'extraction depuis l'Antiquité jusqu'à nos jours. La cathédrale est magnifiée par une façade de marbre, rayée de blanc et de gris, où le portail roman est surmonté d'une rose gothique d'une grande beauté.
Le cours majestueux de l'Arno traverse Pise qui fut au Moyen Âge une puissante République maritime. L'architecte Buscheto, avec le fabuleux butin des victoires remportées sur les Arabes en Sicile, a construit la grandiose cathédrale romane à cinq nefs, où l'art pisan développe ses galeries à colonnettes et ses marqueteries de marbres. Les portes en bronze du XVIe siècle, créées par Giambologna et celle du XIIe de Bonanno Pisano sont de purs chefs-d'œuvre, tout comme les célèbres sculptures en marbre dont Giovanni Pisano a paré la chaire. La célèbre tour penchée n'est autre que le clocher de la cathédrale, face à laquelle le baptistère, roman dans sa partie inférieure, gothique dans ses structures supérieures, abrite une autre chaire remarquable, due à Nicolas Pisano. Le cimetière, qui a l'aspect d'un vaste cloître rectangulaire, complète cet ensemble unique connu comme le Champ des Miracles. Posée sur la berge de l'Arno tel un reliquaire finement ciselé, la petite église Santa Maria della Spina est un joyau de l'art gothique. Plus en amont, l'église du Saint-Sépulcre, édifice roman de plan octogonal, accueille le tombeau de Marie Mancini qui fut le grand amour de Louis XIV. Sur la place des Chevaliers, la statue de Côme Ier se dresse devant la belle façade, décorée de sgraffites, du palais des Chevaliers de Saint-Étienne, ordre institué au XVIe siècle par les Médicis pour lutter contre les pirates barbaresques en Méditerranée. En face, le palais de la Gherardesca incorpore la tour de la Faim où Ugolino della Gherardesca fut condamné à mourir de faim avec ses enfants. Sur le bord de la mer, San Piero a Grado, grande basilique romane, possède une abside à chacune de ses extrémités, tandis qu'à l'intérieur des terres la chartreuse de Calci oppose l'austérité de ses cellules à la splendeur de son église baroque.
Enfin, accessibles en bateau à partir du port de La Spezia, les Cinque Terre sont cinq pittoresques villages de pêcheurs, Riomaggiore, Manarola, Corniglia, Vernazza et Monterosso, qui surplombent la mer le long d'une magnifique côte rocheuse, dont les pentes abruptes sont aménagées en terrasses plantées de vignes.
En savoir plus
Samedi 15 et dimanche 16 octobre 2011
TURIN : LA VILLA DELLA REGINA ET LA VENARIA REALE
Perchée sur la colline de la rive droite du Pô, insérée dans un parc en déclivité vers la ville de Turin, la villa della Regina tient son nom de la reine Anne-Marie d'Orléans, épouse de Victor-Amédée II, qui en avait fait sa résidence privée. Cette villa avait été créée en 1615 par l'architecte Ascanio Vitozzi pour le cardinal Maurice de Savoie, frère de Victor-Amédée Ier. Il y réunissait l'Académie des Solinghi, la docte assemblée d'intellectuels qu'il avait fondée. Transformée en institut pour les filles de militaires au XIXe siècle, abandonnée après les bombardements de 1942, la villa vient d'être magnifiquement restaurée, retrouvant ses précieux cabinets chinois, ses meubles raffinés, ses belles peintures de Crosato, Seyter, Giaquinto et des frères Valeriani. Le parc, avec son pavillon des Solinghi, ses terrasses, ses escaliers et ses bassins, est un exemple superbe de jardin à l'italienne, complété par un potager et une exploitation agricole avec bâtiments de la ferme, citronnière et glacière.
Parc de chasse créé en 1563 au nord de Turin par Emmanuel-Philibert, la Venaria fut dotée d'un château et d'une véritable ville par Charles-Emmanuel II qui en demanda les plans en 1659 à l'architecte Amedeo di Castellamonte. Ce fut le palais de Diane où la cour se rendait deux fois par semaine pour la chasse. À partir de 1716 Victor-Amédée II le fit agrandir par Filippo Juvarra qui édifia la grande écurie, la citronnière, la majestueuse galerie de Diane et la très élégante église Saint-Hubert. De 1739 à 1767 Charles-Emmanuel III commanda à Benedetto Alfieri de nouveaux corps de bâtiments, une écurie supplémentaire pour plus de 300 chevaux et un manège. Dans l'immense parc de 1 000 hectares Victor-Amédée II avait créé en 1713 un haras dont dépendit jusqu'en 1860 le dépôt d'étalons d'Annecy. Au XIXe siècle, n'habitant plus le palais, la maison de Savoie y installa l'école vétérinaire et l'école d'équitation. Récemment restaurée la Venaria a retrouvé ses jardins et ses pièces d'eau, tandis que dans la cour d'honneur, jets, carillon et musique animent la fontaine du Cerf. Sur le thème Le palais royal de Venaria, théâtre d'architecture, d'histoire et de magnificence, la visite veut être une découverte de l'art et de l'histoire tels que les a promus la maison de Savoie tout au long des XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles.
En savoir plus
Du samedi 5 au mercredi 16 novembre 2011
L'ÉGYPTE DES PHARAONS : CROISIÈRE SUR LE NIL ET SUR LE LAC NASSER
En introduction à ce voyage, le musée Égyptien du Caire permet de se familiariser avec la civilisation de l'Égypte ancienne à travers statues, bijoux, momies, sarcophages et autres objets liés au culte funéraire, en portant une attention toute particulière à l'extraordinaire trésor de Toutankhamon. Aux portes du Caire, les pyramides du plateau de Guizeh constituent la nécropole des pharaons de la IVe dynastie. Chéops y éleva la plus haute des pyramides d'Égypte, la seule des sept merveilles du monde qui soit encore visible aujourd'hui. Son fils Khephren construisit à côté sa propre pyramide dans des proportions tout aussi gigantesques, tandis que Mikhérinos se contenta d'une pyramide nettement plus petite. Le célèbre Sphinx, représentation de Khéphren, fut taillé directement dans la masse rocheuse ; seules ses pattes ont été maçonnées. À proximité, le temple de la Vallée fait aussi partie du complexe funéraire de Khephren. Le musée de la Barque expose une grande barque funéraire, en cèdre du Liban, destinée à permettre au pharaon d'accomplir son voyage cosmique.
Un peu au sud du Caire, Saqqarah, qui fut la nécropole de Memphis, la capitale de l'Ancien Empire, dévoile la naissance de la civilisation pharaonique. C'est là que l'architecte Imhotep a transposé dans la pierre l'architecture de roseaux et d'argile des temples primitifs. Entourée d'une vaste enceinte rectangulaire, la pyramide de Djoser, constituée de six gradins, fut la première pyramide à degrés. À côté d'elle, la pyramide de Téti Ier a des chambres couvertes d'inscriptions magiques visant à favoriser la survie du pharaon. Trois mastabas lui font face. Le mastaba de Mérérouka, vizir de Téti Ier, est la plus grande tombe de l'Ancien Empire avec pas moins de trente-deux chambres. Les murs y sont décorés de bas-reliefs et une niche abrite la statue de Mérérouka. L'ensemble du site est évoqué magnifiquement dans le musée de Saqqarah inauguré en 2006.
À Dachour, on voit comment la pyramide à degrés s'est transformée en pyramide lisse par l'intermédiaire de la pyramide Rhomboïdale du pharaon Snéfrou, père de Chéops. Non loin d'elle, la pyramide Rouge apparaît comme la première pyramide parfaite.
Tout au sud du pays, en Nubie, la vaste étendue d'eau du lac Nasser, en plein cœur du désert, offre un spectacle fascinant. À son extrémité, Abou Simbel est aussi célèbre pour son gigantisme et sa beauté que pour le sauvetage du site par l'UNESCO. Deux temples rupestres y constituent l'une des plus impressionnantes réalisations de l'Égypte ancienne. Le Grand Temple de Ramsès II, dédié au dieu solaire Amon-Rê, visait à affirmer la domination du pharaon sur la Nubie. Tournée vers le soleil levant, sa façade est ornée de quatre colosses assis du roi, hauts de 20 m chacun. À l'intérieur, de célèbres bas-reliefs illustrent le récit de la bataille de Qadesh. Le Petit Temple de la reine Néfertari, dédié à la déesse vache Hathor, aligne sur sa façade six colosses en marche, quatre représentant Ramsès, et deux Néfertari. En soirée, spectacle son et lumière.
À l'aval du lac, Philae est la perle de l'Égypte. Son temple d'Isis est situé dans une île et comme celui d'Abou Simbel il a été déplacé pour échapper à la montée des eaux. De construction tardive (il a été achevé par les Romains), il était ce domaine d'éternité où Isis protège son époux démantelé, Osiris, et allaite son fils, Horus. Il attirait des pèlerins de tout le bassin méditerranéen, au centre d'une véritable cité religieuse regroupant plusieurs temples mineurs, le Nilomètre et les logements des prêtres. Le kiosque de Trajan, qui était le débarcadère royal, est devenu par sa beauté le symbole même de Philae.
Le Lac Nasser est le plus grand bassin artificiel au monde, avec une longueur de 500 km et une capacité de 157 milliards de m3. Il est retenu par le barrage d'Assouan voulu par le président Nasser dans les années 1950 et réalisé par des ingénieurs soviétiques, œuvre pharaonique de 3,600 km de longueur, 111 m de hauteur et 980 m d'épaisseur à sa base. Le barrage est situé tout près du Tropique du Cancer.
En aval de la première cataracte du Nil, Assouan, au souk bruyant et coloré, possède un superbe musée de la Nubie où toute l'évolution de la région est évoquée depuis la préhistoire. On y voit des maquettes à grande échelle d'Abou Simbel et de Philae, des façades superbement décorées, caractéristiques de l'habitat nubien traditionnel, et la reconstitution d'une maison locale dans un grand jardin en terrasse. En dehors de la ville, derrière le cimetière fatimide, git dans une carrière de granit un obélisque de 1 200 tonnes, abandonné en raison d'une fissure apparue alors que trois de ses faces avaient déjà été taillées. Au milieu du Nil, dans l'île Éléphantine, qui fut ainsi nommée en raison de son commerce de l'ivoire, on visite un parc archéologique où se trouve le temple de Khnoum le dieu potier. Dans l'île de Sehel, aux pittoresques maisons nubiennes, les rochers ont été gravés, dans l'Antiquité, de centaines d'inscriptions. Sur la rive gauche du grand fleuve on aperçoit le dôme du mausolée de l'Agha Khan.
En descendant le Nil, on rencontre le temple de Kom Ombo, consacré à Sobek, le dieu crocodile, et à Haroéris à tête de faucon, qui n'est autre qu'Horus. Sur un tertre dominant le fleuve, dans un beau paysage de cultures et de cannes à sucre, ce temple double est unique en Égypte avec deux entrées, deux salles intermédiaires et deux sanctuaires. Il date de l'époque ptolémaïque et fut achevé sous les Romains. À Edfou, les pharaons d'origine hellénistique ont élevé un magnifique temple à la gloire d'Horus en reprenant fidèlement l'architecture égyptienne. C'est le mieux conservé de la vallée du Nil et sa visite permet de voir clairement ce qu'était un temple égyptien dans son architecture et sa décoration.
Face à Louxor, sur la rive gauche du Nil, s'étend la nécropole thébaine, le long des parois rocheuses abruptes de la chaîne Libyque. Son accès est gardé par les deux colosses de Memnon, vestiges du temple funéraire d'Aménophis III, détruit dès l'Antiquité. Ces « temples des millions d'années », étaient consacrés aux pharaons défunts. À Medinet Habou, le Ramesséum, temple de Ramsès II, a été construit comme instrument de la régénération du pharaon et comme halte pour le dieu Amon lorsqu'il visitait les rois morts. À Deir el-Bahari, le temple de la reine Hatchepsout est certainement le plus grand et le plus beau. La succession traditionnelle de portes monumentales et de cours y est remplacée par des portiques bordant des terrasses superposées que relient des rampes majestueuses. La Vallée des Rois, la Vallée des Reines et la Vallée des Nobles, sont creusées de centaines de tombes aux magnifiques décors sculptés et peints. Tous ceux qui travaillaient aux monuments funéraires royaux vivaient sur place, dans le village fermé de Deir el-Medina.
Louxor, l'antique Thèbes, propose un musée d'Art égyptien ancien où sont exposés des pièces d'une qualité exceptionnelle dans une présentation soignée, principalement des statues et des objets funéraires trouvés dans la région. On y a reconstitué un mur long de 18 m provenant du temple de Karnak, décoré de quatre grandes scènes : la vie domestique, les ateliers, la procession des offrandes et le culte du soleil. Le temple de Louxor, conçu par Aménophis III, agrandi d'une entrée monumentale par Ramsès II, est situé en plein centre-ville. On y accède par une allée de sphinx (il y en avait 700 autrefois !) qui menait jusqu'au grand temple d'Amon à Karnak dont il était une dépendance. Il n'a plus qu'un obélisque, l'autre étant depuis 1834 sur la place de la Concorde à Paris. Les colonnes papyriformes de la cour d'Aménophis III et de la salle hypostyle forment un ensemble magnifique. Au nord, le complexe de Karnak comprend trois enceintes sacrées dédiées à chacune des trois divinités de la triade thébaine. La plus vaste, d'un pourtour de 2,400 km, renferme le grand temple d'Amon. Son impressionnante salle hypostyle est un chef-d'œuvre de l'architecture égyptienne avec sa forêt de 134 colonnes. L'enceinte de Mout, l'épouse d'Amon, contient un lac sacré qui enserrait sur trois côtés le temple de la déesse. Dans la troisième enceinte, le temple de Montou, dieu à tête de faucon, n'est plus que ruines. En soirée, spectacle son et lumière dans le site de Karnak.
En savoir plus