Voyages à l'étranger
Du dimanche 7 au jeudi 18 mars 2010
LE MALI : DE TOMBOUCTOU AU PAYS DES DOGONS
Coucher de soleil sur le Niger, promenade en bateau sur le grand fleuve et troupeaux d'éléphants dans la réserve du Goumra ne sont pas les seuls atouts du Mali. Les cinq empires ou royaumes importants qui s'y sont succédé lui ont laissé un patrimoine remarquable.
Si Bamako, la capitale, témoigne uniquement de l'ère coloniale et de la période contemporaine, Ségou, cité des balanzans (les arbres caractéristiques du lieu), et Ségou Koro, qui fut le fief du puissant roi Biton Kouloubaly, foisonnent de constructions rappelant le glorieux passé du royaume bambara, à son apogée entre 1712 et 1755. San offre un bel exemple d'architecture soudanaise. Djenné, ville classée par l'UNESCO au patrimoine mondial de l'humanité, est la dépositaire de la grandeur culturelle de l'empire du Mali fondé au XIIIème siècle. Par sa célèbre mosquée, qui en est le monument emblématique, elle est le berceau de l'architecture de tout le Sahel.
Ville de légende, la mystérieuse Tombouctou, classée elle aussi au patrimoine mondial de l'UNESCO, doit son surnom de «perle du désert» à sa position aux portes du Sahara. Outre la prestigieuse mosquée édifiée par l'empereur Mansa Moussa, elle compte environ 80 bibliothèques où les grandes familles conservent jalousement près de 100 000 manuscrits, dont certains remontent à la période pré-islamique. Dans un campement au milieu des dunes qui menacent d'ensabler la cité, les Touaregs accueillent pour un méchoui autour d'un feu de bois, avec le charme envoûtant des récits traditionnels d'un conteur.
Au confluent du Bani et du Niger, Mopti est le centre principal de la fabrication des pirogues destinées aux «maîtres de l'eau», nom donné aux Bozo, détenteurs d'un quasi monopole de la batellerie et de la pêche. La ville relève du style architectural soudanais et possède une belle mosquée, récemment restaurée grâce à la fondation de l'Aga Khan pour la culture.
Le long de la falaise de Bandiagara, site inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO, les fascinants villages des Dogons : Banani, Ireli et Tirelli, s'intègrent au paysage. Ce peuple de forgerons et de cultivateurs de mil, de sorgho et d'oignons est réputé pour ses rites religieux, sa cosmogonie, ses sculptures, et la langue secrète réservée à la société des masques. La danse masquée est un spectacle impressionnant. A Songo, des peintures rupestres, rafraichies tous les trois ans, couvrent la paroi d'une caverne où se pratique la circoncision collective des jeunes garçons. Chaque village possède son «togouna», case des palabres dont les supports sont ornés de sculptures symboliques. A Sangha, le centre du village est dominé par un baobab vieux de 2500 ans. Sous la conduite d'un archéologue, on visite le site néolithique d'Ounjougou également classé par l'UNESCO.
Les possibilités du Mali sont mises en évidence à Teriya Bugu, lieu d'une remarquable expérience de développement rural née de l'amitié entre un pêcheur Somono, Lamine Samaké, et un Père Blanc français, Bernard Verspieren. Celui-ci a suscité 4 000 forages dans tout le pays pour apporter de l'eau potable à la population. A partir de 1977 il en a équipé plus d'une centaine avec des pompes à énergie solaire. C'est l'énergie qu'il a privilégiée, avec le bio-gaz, à Teriya Bugu où il a planté 200 000 arbres, créé une ferme modèle, bâti un village de 500 habitants bénéficiant des indispensables équipements sanitaires, sociaux et culturels, et implanté un magnifique centre de tourisme solidaire.
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Du samedi 10 au mardi 20 avril 2010
LA TUNISIE DE CARTHAGE À ROME ET DU CHRISTIANISME À L'ISLAM
Fermement amarrée à l'Afrique, mais aussi profondément méditerranéenne et tendue vers l'Europe, la Tunisie conserve dans son sol les précieux vestiges des civilisations qui l'ont modelée : Rome y a supplanté Carthage et le christianisme s'y est épanoui cinq siècles avant l'arrivée de l'islam.
Tunis est l'héritière de Carthage, tant par sa position géographique que par son rôle de capitale. Sa médina, inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO, est un magnifique ensemble d'urbanisme arabo-mauresque créé au VIIIème siècle autour de la mosquée es-Zitouna. Le labyrinthe de ses ruelles révèle un monde actif et hors du temps, dans un décor de souks, de palais, de mosquées et de médersas. A l'écart du vieux centre historique, le Bardo, splendide palais des beys de Tunis, abrite à la fois le Parlement et un musée archéologique éblouissant : c'est le plus important du monde pour ses collections de mosaïques romaines. Le site de Carthage impressionne par son double port punique, par le tophet de Tanit et de Baal-Hammon, ainsi que par les ruines imposantes des thermes romains d'Antonin. Non loin de là, suspendues au-dessus de l'azur intense de la mer, de blanches maisons aux boiseries bleues et aux moucharabiehs ciselés comme des dentelles font tout le charme de Sidi-bou-Saïd, village que dominent les coupoles du marabout où repose le saint homme de l'islam qui lui a légué son nom.
Rome s'affiche avec éclat dans les vestiges si bien conservés de Dougga, en particulier le théâtre et le temple de la triade capitoline. Mais le passé libyco-punique de cette cité est tout aussi magistralement illustré grâce à un remarquable mausolée de chef numide. A Bulla Regia le site archéologique est à première vue plus décevant. En réalité, sur ce plateau de la haute Medjerda, torride en été, les maisons romaines avaient un appartement estival aménagé au sous-sol. La surprise est grande de découvrir ces pièces souterraines aux sols ornés de belles mosaïques. Quant au site de Thuburbo Majus, son forum, son capitole et ses thermes témoignent d'une ville riche et luxueuse dont les plus belles mosaïques sont exposées au musée du Bardo à Tunis. Le djebel Zaghouan, qui culmine à 1 295 m d'altitude, ravitaille Tunis en eau comme il ravitaillait déjà Carthage dans l'Antiquité. Sur son flanc, dans un cadre de rochers et de verdure, le temple des Eaux était un nymphée dédié à la divinité de la source qui s'épanche dans un bassin au pied du monument. Sur la montagne voisine, le village berbère de Zriba-Haut, véritable nid d'aigle, accroche ses maisons dans un pittoresque chaos rocheux d'où la vue s'étend sur un vaste panorama.
Sur la côte du Sahel, Sousse, l'antique Hadrumète fondée par les Phéniciens, est devenue une importante station touristique. Sa médina, inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO, est riche de plusieurs monuments importants. La cour de la grande mosquée déploie ses galeries autour d'un dallage de marbre blanc. A côté, le ribat constitue un bel exemple de ces monastères-forteresses que l'islam a implantés en Afrique du Nord. Il a été construit par les Aghlabides au IXème siècle pour garder le rivage. Sa tour de guet offre une vue extraordinaire sur les toits de la médina. Plus au sud, El-Jem est l'ancienne Thysdrus des Romains qui l'ont dotée de l'un des plus grands amphithéâtres qu'ils aient jamais construits, d'une capacité de 36 000 spectateurs.
A la porte des steppes, Kairouan, dont le nom a donné caravane en français, fut la quatrième ville sainte de l'islam et la capitale des émirs aghlabides. A l'abri des remparts ocres qui protègent la cité, la grande mosquée est l'un des monuments les plus prestigieux du monde musulman. Fondée en 669, elle est la doyenne des mosquées du Maghreb. D'autres mosquées et plusieurs zaouïas, dont l'une abrite le tombeau d'un compagnon du Prophète, offrent un large panorama de l'évolution des arts islamiques. La traversée des steppes permet d'atteindre les ruines romaines de Sbeïtla, l'antique Sufetula, dont l'entrée est marquée par un arc de triomphe dédié à Dioclétien et à ses collègues de la tétrarchie. Si le forum est bordé par les temples de la triade capitoline, plusieurs églises paléochrétiennes témoignent de la vitalité du christianisme africain.
Gafsa est à l'entrée du désert. Cette oasis est un grand centre d'exploitation du phosphate. Au cœur des paysages arides du Djerid, l'oasis de Tozeur affiche une forte identité avec ses constructions de briques ocrées dont la disposition dessine les motifs décoratifs les plus variés. La palmeraie, renommée pour sa production de dattes deglet-nour, est riche de 400 000 palmiers. Celle de Nefta s'insère entre les deux quartiers qui constituent cette ville du désert, pour s'épanouir dans l'étonnante dépression de la Corbeille. Haut lieu du soufisme, Nefta compte cent marabouts et vingt-cinq mosquées. La traversée du chott el-Djerid, vaste mer de sel plus ou moins asséchée selon la saison, est particulièrement spectaculaire et conduit à la Nefzaoua, pays des grandes tribus nomades du Sahara, où l'oasis de Douz constitue la porte d'accès au Grand Erg oriental.
Le djebel Dahar est un vaste plateau sablonneux et aride, raviné par les oueds, où les Berbères se sont réfugiés à l'arrivée des Arabes. A Matmata ils ont créé une extraordinaire cité troglodytique dont les habitations s'ouvrent autour de fosses d'une dizaine de mètres de profondeur. Toujane est un beau village accroché à mi-pente, tandis que Chenini ressemble à une gigantesque termitière creusée dans une paroi abrupte. Tataouine, pour sa part, conserve le souvenir du bagne que l'armée française avait ouvert en ce bout du monde. Dans le golfe de Gabès, l'île de Djerba, chantée par Homère dans L'Odyssée, est peuplée de musulmans de rite kharijite. La campagne est caractérisée par les menzels, exploitations agricoles que délimitent des haies de cactus et d'aloès. Houmt Souk, centre principal de l'île, invite à la flânerie entre ses souks pittoresques, comme par exemple celui des bijoutiers, et ses fondouks, anciens caravansérails souvent aménagés en hôtels.
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Du dimanche 30 mai au samedi 5 juin 2010
Du jeudi 15 au mercredi 21 juillet 2010
VIENNE IMPÉRIALE
Organisé pour l'association Arts et Découvertes de Marseille, ce voyage accompagné par Christian Regat est ouvert à la clientèle de Regards dans la limite des places disponibles.
Habité par les Habsbourg jusqu'en 1918, le palais impérial de la Hofburg conserve les appartements de François-Joseph et de Sissi, avec les collections de porcelaine et d'argenterie de la Cour. La Chambre du Trésor renferme le trésor de la couronne, les insignes du Saint Empire romain germanique et le trésor des ducs de Bourgogne. Le château de Schönbrunn, inspiré de Versailles, garde surtout le souvenir de l'impératrice Marie-Thérèse à qui l'on doit le décor et l'ameublement luxueux des salles d'apparat où l'on est ébloui par la Grande Galerie, les cabinets chinois et le Salon du Million. Son parc développe une admirable perspective jusqu'à la Gloriette qui se détache sur l'horizon.
Les Habsbourg reposent dans l'impressionnante crypte des Capucins, mais c'est la cathédrale Saint-Étienne, dont la très belle chaire présente de savoureuses sculptures, qui abrite sous ses voûtes gothiques le tombeau du Prince Eugène. Généralissime et principal ministre de Charles VI, Eugène de Savoie a fait réaliser un palais d'hiver, aujourd'hui ministère des Finances, et les deux palais du Belvédère que relie un jardin en pente douce, magnifique ensemble d'architecture baroque tardive. L'Orangerie du Belvédère, devenue musée d'Art médiéval, présente de superbes retables du XVème siècle. Dans le Belvédère inférieur a trouvé place le musée d'Art baroque où l'on admire les sculptures de Raphaël Donner et les curieux masques grimaçants de Franz Xaver Messerchmidt. Le Belvédère supérieur sert de cadre à la Galerie autrichienne de peinture des XIXème et XXème siècles, célèbre pour ses œuvres de Klimt, de Schiele et de Kokoschka.
Le musée des Beaux-Arts expose les collections rassemblées par les Habsbourg, qui sont parmi les plus importantes et les plus riches du monde, du camée d'Auguste à la salière de Cellini, en passant par 14 toiles de Bruegel et les peintures de Van Eyck, Dürer, Rubens, Rembrandt, Vermeer, Titien, Mantegna ou Velazquez.
Les églises Saint-Pierre et Saint-Charles-Borromée sont de belles réussites de l'art baroque. Dans l'église des Augustins Canova a laissé un chef d'œuvre de l'art néo-classique avec le tombeau de Marie-Christine de Saxe-Teschen. Aux portes de Vienne, Klosterneuburg est le site d'une grandiose abbaye fondée par le margrave d'Autriche saint Léopold. On y admire l'une des merveilles de l'orfèvrerie médiévale, le retable de Nicolas de Verdun.
La grandiose ceinture de boulevards du Ring présente une riche illustration de l'historicisme en architecture avec l'église votive, le nouvel hôtel de ville, le parlement, les musées et l'opéra. L'ambassade de France est un exemple d'Art nouveau à la française. L'architecte Otto Wagner en illustre la version autrichienne, le Jugendstil, par les stations de métro de la Karlsplatz. La Sécession, qui en est l'aboutissement, s'épanouit dans l'église du Steinhof. Mais l'apothéose de ce mouvement architectural reste le pavillon de la Sécession de Josef Maria Olbrich. L'ensemble spectaculaire des logements ouvriers du Karl-Marx-Hof rappelle le triomphe du marxisme à Vienne après la chute de la monarchie. La Hundertwasserhaus, aux formes complexes et vivement colorées, témoigne d'une recherche architecturale pleine d'imagination dans les années 1980, tandis que la maison Haas privilégie les reflets de la cathédrale dans ses parois vitrées.
Du mercredi 16 au vendredi 24 juin 2010
LA MYSTÉRIEUSE SARDAIGNE
Au cœur de la Méditerranée qui baigne ses 1 850 km de côtes, la Sardaigne a su garder une identité très forte. Terre de vastes solitudes et de grand silence, elle conserve jalousement les vestiges des différentes civilisations qui l'ont façonnée : nouraghes, maisons de sorcières, tombes de géants, nécropoles carthaginoises, cités romaines, églises romanes pisanes, fortifications gênoises ou espagnoles, cathédrales baroques ou solennels monuments néo-classiques érigés par la maison de Savoie qui ceignit sa couronne en 1720.
Caché au fond d'un golfe, le port d'Olbia possède une belle église romane. Orosei est une pittoresque bourgade que dominent les coupoles de l'église Saint-Jacques, tandis que celle de Saint-Antoine, ornée de fresques, s'entoure de cumbessias, maisons aux plafonds de roseaux servant d'abri pour les pèlerins. Dans la grotte d'Ispinigoli les concrétions calcaires ont créé une stalactite haute de 38 m. Le massif montagneux du Sopramonte règne sur la Barbagia, région la plus sauvage de la Sardaigne, où se cachent de remarquables vestiges de la civilisation nuragique : le village de Serra Orrios, dont les maisons circulaires s'ordonnent autour de l'enceinte sacrée d'un temple, et la tombe de géant de S'Ena' E Thomes, sépulture complexe de cette brillante civilisation préhistorique. C'est aussi le repaire des célèbres bandits sardes dont le fief, Orgosolo, est devenu un véritable musée de plein air, la population exprimant ses revendications par d'étonnantes peintures murales sur les façades.
Nuoro, gardienne de l'âme sarde, possède un splendide musée des Arts et Traditions populaires et une cathédrale très représentative de l'architecture néo-classique en vigueur dans les États de la maison de Savoie au XIXème siècle. On y voit aussi la maison natale de Grazia Deledda, prix Nobel de littérature, et la petite église Notre-Dame de la Solitude où repose cette grande dame de la culture sarde. Au-dessus de la ville se dresse la statue du Rédempteur, sur le Monte Ortobene d'où la vue est superbe sur le Sopramonte et le massif du Gennargentu dont le plus haut sommet constitue le point culminant de l'île à 1834 m d'altitude.
La civilisation nouragique tire son nom des nouraghes, tours coniques cyclopéennes, comme celui de Silanus qui voisine avec l'église romane de Santa Sabina. À Abbasanta, le nouraghe Losa, remontant au XIème siècle av. J-C , est l'un des plus grands de Sardaigne. Le puits sacré de Santa Cristina, où l'on descend par un extraordinaire escalier trapézoïdal, date quant à lui du VIIIème siècle av. J-C.
Cagliari, capitale de l'île, est surplombée par la ville haute que défendent les portes pisanes de Saint-Pancrace et de l'Éléphant, ainsi que les bastions espagnols du XVIème siècle. On y visite le très beau musée national d'Archéologie et la cathédrale où a été réutilisée l'ancienne chaire romane de la cathédrale de Pise. C'est là que repose Marie-Joséphine de Savoie, décédée quatre ans avant que son époux, le comte de Provence, ne devienne le roi Louis XVIII. San Saturnino est une église du Vème siècle, agrandie au XIème par les moines de Saint-Victor de Marseille tandis que les mercédaires gèrent toujours le pèlerinage au sanctuaire de Bonaria qui a donné son nom à Buenos Aires, la capitale de l'Argentine. A Cagliari comme à Bonneville, mais de dimensions plus modestes, une colonne a été érigée à la mémoire du roi Charles-Félix et les arcades de la via Roma donnent à la ville un élégant front de mer. Le saint patron de la cité est vénéré au sanctuaire de Sant'Efisio dont l'église romane garde l'accès aux ruines puniques et romaines de Nora, dans le cadre enchanteur d'un promontoire où une vieille tour de garde surveille la mer.
La Costa del Sud offre de somptueux paysages. Tratalias, localité aujourd'hui désertée, a gardé intacte sa gracieuse cathédrale romane. Dans l'île de Sant'Antioco la nécropole punique de Sulcis impressionne par son sinistre tophet où sont déposées les urnes cinéraires des enfants sacrifiés à Moloch par les Carthaginois. L'église paroissiale est construite sur des catacombes chrétiennes ayant succédé à un hypogée punique. Dans l'Iglesiente, massif particulièrement sauvage où se trouvent les cités minières de Carbonia et d'Iglesias, le site solitaire d'Antas sert d'écrin au temple romain de Sardus Pater, le dieu éponyme des Sardes.
À Santa Giusta, aujourd'hui faubourg d'Oristano, l'ancienne cathédrale relève de la plus pure architecture romane. Celle d'Oristano juxtapose tous les styles, du gothique au néo-classique, tandis que l'église Saint-François abrite un impressionnant crucifix du XIVème siècle. Des remparts édifiés en 1291 ne subsiste plus qu'une porte aménagée dans la massive tour Saint-Christophe. Au centre de la ville se dresse la statue d'Eleonora d'Arborea, héroïne de la lutte contre les Aragonais. À San Giovanni di Sinis, on voit une petite église byzantine remontant au Vème siècle. Non loin de là, à l'extrémité du cap San Marco, s'étendent les importantes ruines puniques et romaines de la ville de Tharros. Le charmant petit port de Bosa, aménagé sur le cours du Temo, est dominé par la silhouette altière du château de Serravalle, alors qu'à l'intérieur des terres le nouraghe Santu Antine constitue le plus important ensemble nuragique de Sardaigne, non loin de Borutta où le monastère bénédictin de San Pietro in Sores possède une superbe église romane.
Longtemps interdite aux Sardes et aux Corses, la ville d'Alghero a été peuplée de colons venus de Barcelone. Elle a conservé jusqu'à nos jours l'usage de la langue catalane. Derrière ses remparts elle abrite plusieurs églises intéressantes : Saint-François que flanque un paisible cloître, Saint-Michel coiffé d'un dôme multicolore, recouvert de majolique, et la cathédrale où repose le duc de Montferrat, Maurice de Savoie. Un peu à l'écart d'Alghero, Anghelu Ruju est une grande nécropole regroupant près de quarante maisons de sorcières. Sassari, deuxième ville de Sardaigne, a pour principal monument la cathédrale où le baroque espagnol triomphe sur la façade, tandis que l'intérieur contient le tombeau néo-classique du comte de Maurienne Joseph-Placide de Savoie. L'hôtel de ville occupe un beau palais du XVIIIème siècle et le palais de la Province déploie sa façade majestueuse sur la piazza Italia.
Dans sa vallée solitaire, l'église de la Sainte Trinité à Saccargia est peut-être la plus belle église romane de Sardaigne, mais la petite église de Tergu est une autre illustration remarquable de l'art roman tout comme celle de Simbranos. Dans la Gallura, le village de Sedini est riche en maisons de sorcières et en habitations troglodytiques ; celui de Bulzi recèle dans son église une admirable descente de croix du XIIIème siècle. Le port pétrolier de Porto Torres s'enorgueillit d'une splendide basilique romane à deux absides opposées. Castelsardo, position stratégique créée par les Doria de Gênes, est une localité perchée dont les ruelles en escaliers grimpent à la cathédrale puis au château qui couronne ce site enchanteur. Son célèbre Éléphant est un curieux rocher sculpté par l'érosion.
Du samedi 3 au jeudi 8 juillet 2010
LES TRÉSORS ARTISTIQUES DE MUNICH
Ville de musées, Munich témoigne de la passion pour les arts qui a toujours animé la dynastie des Wittelsbach dont le palais de la Résidence nécessite à lui seul deux visites pour voir la galerie des Ancêtres aux sculptures dorées, l'immense salle de l'Antiquarium, les salles d'apparat du XVIIIème siècle, le théâtre rococo créé par l'architecte Cuvillés, les appartements royaux édifiés au XIXème siècle pour le roi Louis Ier, la chapelle de la Cour et la chapelle d'apparat, la Chambre de Pierre et la Salle Impériale. Sans oublier le Trésor d'une richesse inouïe, rassemblant de précieuses porcelaines de Meissen, Nymphengourg et Sèvres, des objets d'ivoire, de cristal de roche, d'émail, d'orfèvrerie et de joaillerie, ainsi que les insignes de la monarchie bavaroise : couronnes, globe et sceptre. Attenants au palais, le Nouveau Théâtre de la Résidence et le Théâtre National de Bavière, où de nombreuses œuvres de Wagner furent données sous le règne de Louis II, complètent cet ensemble exceptionnel.
Au nord du centre historique les Wittelsbach ont suscité l'épanouissement d'une véritable cité muséale où l'on est introduit par les majestueux Propylées édifiés par l'architecte Léo von Klenze. La colonnade ionique de la Glyptothèque donne accès aux sculptures grecques et romaines, tandis que la colonnade corinthienne de la Collection des Antiquités conduit aux céramiques grecques et aux bronzes étrusques. L'Ancienne Pinacothèque regorge de peintures flamandes (Van der Weyden, Memling, Van Dyck, Rubens dont la collection est particulièrement riche, Jordaens, Teniers le Jeune), allemandes (Dürer, Holbein, Cranach, Altdorfer, Grünewald, Lochner, Schongauer, Bruegel l'Ancien et Bruegel de Velours), italiennes (Fra Angelico, Filippo Lippi, Botticelli, Raphaël, Léonard de Vinci, Véronèse, Titien Tintoret, Tiepolo, Guardi, Canaletto), hollandaises (Rembrandt, Frans Hals, Van Ruysdael, Terboch), espagnoles (Greco, Murillo, Vélasquez), et françaises (Boucher, Robert, Maurice Quentin de la Tour, Lancret).
La Nouvelle Pinacothèque, voulue par le roi Louis Ier, a été entièrement reconstruite après la seconde guerre mondiale. Elle est consacrée à l'art européen du XIXème siècle, à commencer par les Anglais Gainsborough, Reynolds et Turner. Viennent ensuite l'Espagnol Goya, puis naturellement de nombreux Allemands dont le peintre de paysages symboliste Friedrich, et enfin les Français Courbet, Corot, Manet, Pissaro, Degas, Monet, Cézanne, Van Gogh et Gauguin. L'aube du XXème siècle est représentée par Klimt, Schiele, Hodler et Segantini. Si la peinture du mouvement munichois Le Cavalier Bleu (Blauer Reiter) est invisible à la Lenbachhaus où elle est exposée habituellement, celle-ci étant fermée jusqu'en 2012 pour une restructuration et un agrandissement confiés à l'architecte Normann Foster, nous la découvrirons néanmoins à la Pinacothèque d'Art Moderne qui illustre aussi le mouvement expressionniste Le Pont (Brücke). Ce musée présente en outre des œuvres de Matisse, Picasso, Braque, Léger, Gris, Ernst, Miro, Chirico, Dali Magritte et de nombreux artistes contemporains. Quant à l'Art Nouveau, il est luxueusement illustré par la villa de Franz Stuck, fondateur de la Sécession munichoise.
La capitale de la Bavière possède aussi des monuments remarquables comme le Vieux Château qu'habitèrent les Wittelsbach du XIIIème au XVème siècles, le palais Portia, le palais Leuchtenberg, l'archevêché, la Hofräuhaus, brasserie remontant au XVIème siècle, mais rebâtie au XIXème, l'ancien Hôtel de Ville et le nouvel Hôtel de Ville qui dresse dans le ciel un élégant beffroi néo-gothique. L'église du Saint-Esprit et l'église Saint-Pierre sont d'anciennes constructions gothiques complètement transformées à l'époque baroque. La grandiose église Notre-Dame a conservé intacte son architecture de style gothique tardif et renferme le très riche mausolée de l'empereur Louis le Bavarois. L'église Saint-Michel abrite pour sa part celui d'Eugène de Beauharnais, duc de Leuchtenberg, beau-fils de Napoléon et gendre du roi Maximilien Ier. Le baroque s'impose avec grandeur dans l'église des Théatins, édifiée au XVIIème siècle par la duchesse de Bavière Henriette-Adélaïde de Savoie, et avec un raffinement subtil dans l'église Saint-Jean Népomucène, chef d'œuvre des frères Asam.
Le palais de Nymphenburg, toujours habité par les Wittelsbach, a été construit au XVIIème siècle par l'électeur Maximilien II Emmanuel, puis agrandi au siècle suivant par ses successeurs Charles-Albert et Max III Joseph, de sorte que son décor relève du style rococo par les stucs de la salle des fêtes ou par l'exotisme du cabinet des laques de Chine. Grand amateur de jolies femmes, (sa liaison avec Lola Montès lui a coûté son trône), le roi Louis Ier y a fait réaliser une fameuse Galerie des Beautés. Le jardin à la française a été dessiné par des élèves de Le Nôtre et le parc recèle de charmants pavillons comme Amalienburg qui porte le nom de Marie-Amélie d'Autriche, épouse de l'électeur Charles-Albert : outre de luxueux appartements qui rayonnent autour d'une salle des Glaces en rotonde, on y voit un surprenant chenil ouvrant ses niches tout autour d'une salle lambrissée. Badenburg était un pavillon de bains, Pagodenburg un pavillon de thé à la chinoise et Magdalenenklause une fausse ruine évoquant l'ermitage de Marie-Madeleine. Les écuries de Nymphenburg conservent les somptueux carrosses et les calèches des Wittelsbach ainsi que les célèbres traîneaux utilisés par le roi Louis II lors de ses sorties nocturnes à Neuschwanstein. Enfin une collection de porcelaines rappelle évidemment la manufacture de Nymphenburg.
À la périphérie de Munich, nous verrons quelques belles architectures contemporaines : l'Olympiapark, qui fut le cadre des Jeux Olympiques de 1972, ou encore la tour administrative et le musée de la société BMW.
Du lundi 12 au mercredi 14 juillet 2010
LUCERNE ET LE LAC DES QUATRE-CANTONS
À l'une des extrémités du lac des Quatre-Cantons, bénéficiant d'un superbe point de vue sur les sommets entre lesquels celui-ci est enchâssé, Lucerne enjambe la Reuss par de pittoresques ponts couverts en bois, construits au moyen-âge et décorés de scènes peintes au XVIIème siècle. Deux églises marquent la silhouette de la ville : la collégiale Saint-Léger dont les hautes flèches gothiques encadrent un vaste vaisseau de style Renaissance tardive, et la somptueuse église des Jésuites, triomphe de l'art baroque. Plus discrète, l'église des Franciscains conserve son cachet médiéval du XIIIème siècle, malgré son beau mobilier baroque. De son enceinte fortifiée, la ville a conservé le rempart, rythmé de 9 tours, qui court sur la colline du Musegg. Ses rues et ses places pleines de charme, bordées de maisons à oriels et façades peintes, ponctuées de fontaines sculptées, dévoilent successivement le palais Ritter, grand édifice de la Renaissance qui abrite le Gouvernement cantonal, l'ancien hôtel de ville bâti au début du XVIIème siècle, l'ancien arsenal ou encore une pharmacie du XVIème siècle dont la salle voûtée est peinte de fresques.
Le patrimoine lucernois du XIXème siècle est particulièrement original avec son Monument au Lion sculpté à même le rocher en hommage aux 786 gardes suisses qui ont fait le sacrifice de leur vie pour défendre Louis XVI et sa famille, son Panorama, gigantesque peinture circulaire de plus de 1000 m2 représentant le repli de l'armée française de Bourbaki en Suisse le 1er février 1871, et son Jardin des Glaciers, constitué de 32 marmites de géants creusées par l'eau d'un glacier, mises au jour en 1872.
Sur les bords du lac, sont regroupés deux témoignages majeurs de l'architecture contemporaine : la gare, restructurée par Santiago Calatrava et le Palais de la Culture et des Congrès dont l'avant-toit présente un élégant et prodigieux porte-à-faux de 45m, œuvre de Jean Nouvel. Si la programmation musicale le permet, on peut visiter sa magnifique salle de concert, cadre du célèbre Festival de Lucerne. On y voit aussi le Musée des Beaux-Arts qui, en lien avec le festival, présente au cours de l'été 2010 Nox Borealis, une installation lumineuse de l'artiste français J-B Barrière, évoquant les aurores boréales sur une musique du compositeur finlandais Kaija Saariaho. Non loin, la Fondation Rosengart expose de remarquables toiles de Picasso, Klee, Chagall, Matisse, Braque et Léger, sans oublier les impressionnistes Monet, Pissaro, Renoir, Bonnard et Cézanne.
Lucerne possède enfin le très riche Musée suisse des Transports, qui montre des diligences, des automobiles et des bus, des cycles et des motocyclettes, mais aussi du matériel ferroviaire depuis le premier train suisse, des bateaux et des téléphériques, ainsi qu'une trentaine d'avions et d'engins volants tels que les capsules spatiales Gemini et Mercury.
Retour en empruntant les rives du lac des Quatre-Cantons par Meggen, Küssnacht, Weggis, Vitznau, Gersau et Brunnen, avant de prendre l'autoroute du Saint-Gothard jusqu'à Göschenen puis, par Andermatt, la route du col de la Furka pour rejoindre le Valais.
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Du dimanche 5 au jeudi 9 septembre 2010
LE MONDE ENCHANTEUR DES MOSAÏQUES DE RAVENNE
Au Ier siècle, sur la côte de l'Adriatique, l'empereur Auguste fit de Classis le deuxième port militaire d'Italie après Misène. Claude l'entoura de remparts et le christianisme y fut prêché dès le IIème siècle par saint Apollinaire. En 402, l'empereur Honorius quitta Milan pour s'établir aux portes de Classis, à Ravenne qui devint ainsi pour un demi-siècle la capitale de l'empire romain d'Occident. Sa sœur, Galla Placidia, détenant le pouvoir de 423 à 450, donna à Ravenne sa première période de splendeur. En 425, elle y fonda l'église Saint-Jean-Évangéliste, grandiose basilique paléochrétienne. Puis, vers 440, elle fit édifier son mausolée dédié à saint Laurent, monument qui conserve de fascinantes mosaïques où la croix glorieuse scintille sur un ciel d'un bleu profond, étoilé d'or. Assis parmi ses brebis, le Christ imberbe témoigne d'un art encore totalement romain. En 450, l'évêque Néon, acheva près de la cathédrale le baptistère Néonien, édifice octogonal au riche décor de marbres polychromes et de stucs, dont la coupole resplendit de mosaïques chatoyantes illustrant le baptême du Christ.
En 476, Odoacre le roi des Hérules, mit fin à l'empire romain d'Occident. L'empereur romain d'Orient, Zénon, chargea Théodoric, de reconquérir l'Italie. Après 3 ans de résistance dans Ravenne, Odoacre fut vaincu. Théodoric donna à la ville sa deuxième phase de magnificence en y établissant sa capitale de roi des Ostrogoths et de représentant de l'empereur romain d'Orient. Alors que la brique seule était utilisée à Ravenne, Théodoric fit venir à travers l'Adriatique du calcaire d'Istrie pour construire son mausolée, dont la coupole monolithique ne pèse pas moins de 230 tonnes. Les Ostrogoths étant ariens, Théodoric établit une Église arienne parallèlement à l'Église romaine. Il construisit la cathédrale arienne de la Résurrection, devenue depuis l'église du Saint-Esprit, près de laquelle prit place le baptistère des ariens dont la structure octogonale et la mosaïque dédiée au baptême du Christ s'inspirent du baptistère Néonien. Toutefois, les attitudes des personnages sont plus hiératiques, annonçant déjà l'art byzantin. À partir de 493, Théodoric fit bâtir l'église arienne du Saint-Sauveur qui prendra le nom de Saint-Martin au Ciel d'Or après l'élimination du culte arien. Depuis le IXème siècle, elle s'appelle Saint-Apollinaire-le-Neuf et conserve toujours les mosaïques de l'époque des Ostrogoths, paraboles, miracles et passion du Christ, prophètes et saints, cortège des vierges et cortège des martyrs, même si ces deux longues processions ont été modifiées après 554 pour en éliminer Théodoric et son épouse Autoflède qui était la sœur de Clovis. Pendant ce temps, l'évêque de l'Église catholique romaine faisait aménager dans son palais épiscopal la chapelle Saint-André, petit joyau par ses revêtements de marbres et ses mosaïques où le Christ apparaît en empereur romain, écrasant sous ses pieds le lion et le serpent.
À la mort de Théodoric en 526, le pouvoir passa au très jeune Atalaric, sous la régence de sa mère Amalaswinthe. La reine Amalswinthe et le financier Julien dotèrent Ravenne de ses plus prestigieux monuments. L'église Saint-Vital déploya une impressionnante architecture octogonale, avec tribunes au-dessus d'un déambulatoire, sa grande coupole étant constituée de petits tubes en terre cuite emboîtés les uns dans les autres. La reine et le banquier se firent aussi les promoteurs de l'église Saint-Apollinaire in Classe dont les magnifiques colonnes de marbre veiné proviennent des rivages de la mer de Marmara. La splendide mosaïque de l'abside évoque la Transfiguration où Pierre, Jacques et Jean, représentés sous l'aspect de brebis, voient le visage du Christ leur apparaître sur la croix glorieuse sertie de gemmes et de perles.
L'assassinat de la reine Amalaswinthe en 535 incita l'empereur d'Orient Justinien à reprendre directement le contrôle de l'Italie. Après 20 ans de combats contre les Goths, il fit de l'Italie une province de l'empire romain d'Orient, placée sous l'autorité d'un exarque siégeant à Ravenne. De 554 à 751 Ravenne, capitale de l'exarchat, connut une nouvelle période de plénitude artistique, marquée par l'influence sans partage de Byzance. L'empereur Justinien et l'impératrice Théodora remplacèrent Théodoric et Autoflède dans les mosaïques de l'église Saint-Apollinaire le Neuf et apparurent entourés de leur cour dans celles de l'église Saint-Vital où l'abside montre un Christ en majesté couronnant de gloire saint Vital et recevant de l'évêque Ecclésius la maquette de l'église. Ce sanctuaire éblouissant fut consacré en 546 par l'évêque Maximien dont la cathèdre en ivoire, toujours conservée au palais épiscopal, est un pur chef-d'œuvre de l'art byzantin.
Le moyen-âge a laissé aux églises de Ravenne leurs curieux clochers ronds et une tour communale encore plus inclinée que la tour de Pise. Au nord de la ville, dans le delta du Po, l'abbaye de Pomposa, où Guy d'Arezzo a donné leur nom aux notes de la gamme musicale, possède un des plus beaux clochers qu'ait jamais engendrés l'art roman, incrusté d'un décor d'écuelles en céramique.
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Du dimanche 19 au dimanche 26 septembre 2010
AU CŒUR DE L'ESPAGNE, MADRID ET TOLÈDE
Plus haute capitale de l'Europe (elle est à 650 m d'altitude), et la plus récente (elle est devenue la capitale de l'Espagne en 1561), Madrid a hérité des Habsbourg et des Bourbon une richesse artistique exceptionnelle. Autour de sa rigoureuse plazza Mayor, le vieux centre historique est peuplé d'églises et de palais. Le baroque italien sourit dans les courbes de Saint-Michel, mais c'est l'austérité du baroque espagnol qui prévaut dans la façade de Saint-Isidore. La maison de la Paneterie égaie la sienne de peintures murales, tandis que l'hôtel de ville dresse ses tourelles pointues à deux pas de la tour des Lujanes où François Ier fut prisonnier de Charles-Quint. La Maison de Juan de Vargas, qui conserve les reliques de saint Isidore, et la Chapelle de l'Évêque, bon exemple d'architecture plateresque, datent du XVIème siècle, le palais des Ducs d'Uceda et le palais de Santa Cruz, du XVIIème. Quant à Saint-François-le-Grand, sa majestueuse façade et sa grande coupole relèvent déjà de l'architecture néo-classique. La statue équestre de Philippe III, par Giambologna et Tacca, se dresse sur la plaza Mayor, celle de Charles III caracole à la puerta del Sol et celle de Philippe IV tout près du Palais Royal.
Le Palais Royal, construit de 1738 à 1764, possède des plafonds peints par Tiepolo, Giaquinto et Mengs, des tentures de soie et de velours, des miroirs et des meubles précieux, des tapisseries et des porcelaines de Chine ou de la manufacture royale de Madrid. 150 personnes peuvent se mettre à table dans la salle à manger, la majestueuse salle des Colonnes est impressionnante et c'est dans la fastueuse salle du Trône qu'a été signée en 1995 l'entrée de l'Espagne dans l'Europe. Quant à l'Armurerie Royale, c'est l'une des plus riches au monde, possédant des pièces aussi exceptionnelles que la collection d'armes et d'armures de Charles Quint. En contrebas du palais le charmant jardin du Campo del Moro descend jusqu'au Rio Manzanares et fait face aux vastes espaces verts de la Casa de Campo par delà lesquels se dresse à l'horizon la Sierra de Guadarrama.
À côté du Palais Royal, la cathédrale néo-baroque Notre-Dame de la Almudena a été consacrée par Jean-Paul II en 1993 après un siècle de travaux. Aux alentours, les prestigieux monastères royaux ont reçu des souverains et de leur famille un remarquable patrimoine artistique. Le Monastère Royal de l'Incarnation possède une étonnante salle des reliques abondamment décorée et la coupole de son église a été peinte par Francisco Bayeu, beau-frère de Goya. Le Monastère des Descalzas Reales, maison de Clarisses fondée par la fille de Charles Quint, est d'une incroyable magnificence avec ses tapisseries de Bruxelles et ses tableaux de maîtres.
Les fontaines de Cybèle, d'Apollon et de Neptune balisent le paseo del Prado, magnifique promenade boisée où sont regroupés les musées les plus prestigieux : le musée du Prado est l'une des plus importantes pinacothèques du monde, rassemblant les tableaux flamands qu'appréciaient les Rois Catholiques, les œuvres italiennes dont étaient amateurs Charles Quint et Philippe II, et la plus riche collection qui soit de peinture espagnole, réunie par les Habsbourg et les Bourbon, ce qui permet de suivre l'évolution de cette école à travers ses plus grands chefs-d'œuvre. Dans le palais de Villahermosa, le musée Thyssen-Bornemisza illustre toute l'histoire de la peinture occidentale en 800 tableaux allant des primitifs italiens et flamands à l'expressionnisme et au pop art. Pour sa part, le musée Reine Sophie, aménagé dans l'ancien hôpital Saint-Charles, accueille l'art du XXème siècle avec une riche collection d'œuvres de Picasso dont son célèbre Guernica. La peinture espagnole du Siècle d'Or et les œuvres de Goya font la renommée de l'Académie Royale des Beaux Arts. L'art ibérique, influencé par Carthage, a produit la Dame d'Elche et la Dame de Baza qui font la gloire du musée Archéologique National avec les couronnes wisigothiques de Guarrazar. Entouré d'un jardin, l'hôtel particulier d'un marquis poète et amateur d'art constitue le musée Cerralbo et la luxueuse demeure d'un riche collectionneur est devenue le musée Galdiano, tandis que le musée Sorolla n'est autre que la belle maison andalouse d'un peintre qui sut, comme personne, restituer dans ses œuvres la lumière du soleil.
Le Parc de l'Ouest, où a été remonté le temple égyptien de Debod, et le Parc du Buen Retiro, où un lac reflète l'imposant monument à Alphonse XII, offrent d'agréables promenades dans la verdure.
À 50 km de Madrid, sur le versant de la Sierra de Guadarrama, l'architecte Juan de Herrera a édifié pour Philippe II l'austère et gigantesque palais monastère de l'Escurial. On en visite les appartements royaux, le cloître, l'escalier peint par Luca Giordano, la bibliothèque, la majestueuse basilique, le Panthéon des Rois où reposent les souverains espagnols dans de somptueux sarcophages baroques, et les salles capitulaires aux riches collections de peinture.
Deux jours permettent de découvrir Tolède, ancienne capitale des rois wisigoths, puis de souverains musulmans, et finalement de Charles Quint, avant d'être supplantée par Madrid en 1561. Cette cité très pittoresque domine une boucle du Tage qui coule au fond d'une gorge. De son passé où cohabitèrent juifs, musulmans et chrétiens, elle a conservé ses remparts aux portes puissamment fortifiées, les anciennes synagogues du Transit et de Sainte-Marie la Blanche, la petite mosquée Cristo de la Luz, le couvent de Saint-Jean des Rois bâti par Ferdinand d'Aragon et Isabelle de Castille qui avaient prévu initialement d'y établir la nécropole royale, la maison-musée du Greco, l'église Saint-Thomas où se trouve sa célèbre toile des Funérailles du comte d'Orgaz, le riche musée de Santa Cruz, établi dans un superbe hôpital de la Renaissance, et la grandiose cathédrale gothique aux beaux vitraux des XVème et XVIème siècles, dont le chœur possède des stalles qui comptent parmi les chefs-d'œuvre de la sculpture de la Renaissance. La vieille ville est gardée par la silhouette austère de l'Alcazar, célèbre pour la résistance héroïque que les cadets de l'infanterie y opposèrent aux Républicains en 1936.
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Du mardi 5 au jeudi 7 octobre 2010
LE CHARME DISCRET DU MARQUISAT DE SALUCES
Dominé par l'élégante pyramide enneigée du mont Viso, le marquisat de Saluces est un état féodal né au XIIème siècle dans le sud du Piémont et qui sut maintenir son indépendance jusqu'en 1548, malgré les convoitises de ses voisins, la maison de Savoie notamment. Le marquis Manfred Ier fut le fondateur, en 1135 de l'abbaye cistercienne de Staffarda, aujourd'hui vaste exploitation agricole de 1300 hectares appartenant depuis 1750 à l'Ordre des Saints-Maurice-et-Lazare. Ce monastère construit en briques possède une belle église romano-gothique dont l'intérieur surprend par sa bichromie en rouge et blanc. On y voit une imposante chaire du XVIème siècle et sur le maître-autel un riche retable datant de 1531 : Oddone Pascale, brillant représentant de la Renaissance dans le marquisat, y a présenté sept scènes sculptées dans autant de niches dont la riche architecture est abondamment dorée. Le cloître conserve beaucoup de charme, bien qu'il ait été dévasté lors de la bataille de Staffarda qui vit les troupes françaises de Catinat écraser l'armée de Victor-Amédée II, laissant 4 000 morts sur le terrain. La salle capitulaire, l'hôtellerie et une halle complètent cet ensemble remarquable, témoignant de la prospérité d'une abbaye qui, en 1563, fut à l'origine de l'Institut Bancaire San Paolo de Turin.
Au XIVème siècle, le marquis Frédéric II fit édifier des bâtiments devenus indissociables de l'image de la ville de Saluces : le château, lourde forteresse de brique transformée en prison au XIXème siècle, et la belle église Saint-Jean destinée à une communauté de dominicains. Toutefois, la construction la plus représentative du gothique piémontais de cette époque est bien la charmante petite église de Rossana. Le raffinement culturel de la cour de Saluces se révéla à partir du début du XVème siècle, sous le règne du marquis poète Thomas III, auteur d'un ouvrage célèbre : Le Chevalier errant. Son fils Valerano demanda au peintre Giacomo Jaquerio de représenter dans la salle baronnale du château de la Manta les neuf héros et les neuf héroïnes que le chevalier errant avait rencontrés dans l'auberge de Madame Fortune et qui lui avaient fait trouver le chemin de la vertu après une vie mondaine et aventureuse. À cette admirable fresque fait face une œuvre tout aussi remarquable illustrant la mythique Fontaine de Jouvence. Sous le règne du marquis Ludovic Ier fut édifié en 1462 le grand beffroi de l'ancien hôtel de ville de Saluces, symbole de l'émergence du pouvoir communal.
Avec le marquis Ludovic II Saluces connut la période la plus faste de son histoire. En 1491 il entreprit la construction d'une grande église encore gothique, dont il obtint du pape qu'elle fût érigée en cathédrale en 1511. L'abside de l'église Saint-Jean fut abattue et remplacée par la chapelle du Saint-Sépulcre, création raffinée du gothique flamboyant attribuée à Antoine Le Moiturier, pour recevoir le tombeau du grand marquis dont le sarcophage et le gisant, œuvres d'artistes piémontais, sont déjà pleinement de style Renaissance. Celui-ci s'épanouit dans le cloître des dominicains vers 1520, lorsque la salle capitulaire fut aménagée en chapelle funéraire pour la famille Cavassa. Matteo Sammicheli y a réalisé le noble tombeau en marbre de Galeazzo Cavassa, tandis que dans l'église, en 1535, Oddone Pascale peignait le retable du Rosaire. La splendeur du marquisat sous le règne de Ludovic II éclate dans la maison Cavassa, belle demeure gothique du XVème siècle, mise au goût de la Renaissance par Galeazzo Cavassa et son fils Francesco qui occupèrent successivement la charge de vicaire général, c'est-à-dire premier ministre, du marquisat. Magnifiquement restaurée à la fin du XIXème siècle par Emanuele Tapparelli d'Azeglio, elle ouvre sur la plaine sa terrasse et ses galeries, possède des fresques et des plafonds à caissons sculptés et peints, abrite un précieux mobilier et expose un magnifique tableau réalisé à la fin du XVème siècle par Hans Clemer : la Vierge de Miséricorde étendant son manteau protecteur sur le marquis Ludovic II et son épouse Marguerite de Foix, entourés de leur famille et de leur cour. Cette magnificence se retrouve à Revello où la chapelle du château des marquis est recouverte de peintures évoquant Ludovic II, Marguerite et leurs enfants présentés à la Vierge par leurs saints patrons. L'imposante collégiale de Revello, fondée en 1483 par Ludovic II, possède un admirable portail en marbre des premières années du XVIème siècle. L'intérieur, décoré en trompe-l'œil de fausses architectures néo-gothiques au XIXème siècle, renferme de beaux retables de goût encore gothique comme celui peint en 1502 par Hans Clemer, ou dans le style de la Renaissance, comme ceux peints par Oddone Pascale en 1540 et en 1541.
Devenu français à l'extinction de la branche aînée de la maison de Saluces en 1548, le marquisat fut envahi par Charles-Emmanuel Ier en 1588. La France accepta de le laisser à la Savoie au traité de Lyon, signé en 1601, en échange de la Bresse, du Bugey, de la Dombes de la Michaille et du Valromey. Le baroque triomphant dans les États de la maison de Savoie a laissé à Saluces une réalisation remarquable avec l'église Saint-Bernardin des franciscains dont la voûte a été dotée de prodigieuses peintures en trompe-l'œil au milieu du XVIIIème siècle.
Ce voyage permet aussi de découvrir l'originale Église vaudoise, issue des Pauvres de Lyon, passée à la Réforme protestante au XVIème siècle et dont les principales institutions sont regroupées à Torre Pellice, la crypte pré-romane de l'ancienne abbaye de Cavour, l'église Saint-Pierre-aux-Liens édifiée par le grand architecte Juvarra à Villar Perosa et la station de ski de Sestrière où la famille Agnelli a bâti en 1936 la chapelle Saint-Édouard.
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Du mardi 12 au vendredi 15 octobre 2010
ZURICH AU GRÉ DE L'ART ET DE L'HISTOIRE
À l'extrémité du lac qui porte son nom, mirant ses façades colorées et les flèches de ses églises dans les eaux de la Limmat, Zurich allie au charme de son centre historique l'activité débordante de la plus grande ville de Suisse. Ses quais offrent des points de vue très pittoresques.
Le Grossmünster, où Zwingli a instauré la Réforme en Suisse alémanique, est encadré par deux hautes tours et conserve un beau cloître roman. Dans le Fraumünster, ancienne abbaye de moniales fondée en 853, la nef gothique est illuminée par des vitraux de Chagall et la St-Peterskirche séduit par les stucs délicats de son décor baroque. Le palais Renaissance de l'hôtel de ville annonce le baroque par l'ornementation de ses façades. La Zunfthaus zur Meisen, maison de la guilde des marchands de vin, est un somptueux palais du XVIIIème siècle abritant de délicates collections de porcelaine, tandis que la maison Zum Rechberg, aux somptueux portails baroques en fer forgé, était une auberge qui accueillit Masséna et l'empereur François Ier d'Autriche. Entre la gare centrale, restructurée par Santiago Calatrava, et le lac, la Bahnhofstrasse est le cœur des affaires de toute la confédération helvétique, ponctuée par les façades solennelles des plus grandes banques. L'architecture du XXème siècle a produit deux séduisantes réussites avec l'église Saints-Félix-et-Regula et l'église de Zurich-Altstetten.
Le musée des Beaux Arts possède plusieurs chefs-d'œuvre de la peinture européenne, un ensemble remarquable d'œuvres suisses et deux collections exceptionnelles : les tableaux de Munch et une riche illustration du mouvement Dada, né à Zurich en 1916. La Fondation Bührle abrite les tableaux et les sculptures collectionnés entre 1934 et 1956 par un industriel qui a rassemblé là de remarquables sculptures religieuses médiévales, des œuvres des plus grands peintres des écoles hollandaise, italienne, espagnole et française, et un ensemble exceptionnel de toiles impressionnistes. Quant au musée Rietberg, il présente, dans le cadre incomparable d'une élégante villa à l'italienne, de fabuleuses collections africaines, asiatiques et d'Amérique précolombienne.
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Du mercredi 20 au vendredi 29 octobre 2010
SPLENDEUR DES PAYSAGES ET DES MONUMENTS DE JORDANIE
La Jordanie offre tous les paysages que peut présenter le Proche-Orient. La verdoyante vallée du Jourdain que dominent dans le nord des collines couvertes d'oliviers, le somptueux désert du Wadi Rum dont le sable rouge est hérissé de sombres montagnes, les grès de Pétra, dessinant les plus étonnantes moirures multicolores, où de grandioses sommets dominent la vallée de la Araba, la steppe désertique de l'est, le noir paysage basaltique des abords du Hauran, le point le plus bas de la planète à 394 m en dessous du niveau de la Méditerranée avec les eaux saumâtres de la mer Morte, mais aussi les eaux bleues de la mer Rouge particulièrement riches en coraux et en poissons multicolores. Depuis Umm Qeis, la vue est superbe sur la Galilée, le lac de Tibériade, le plateau du Golan et la profonde vallée du Yarmouk. Au mont Nébo, le point de vue permet de contempler d'un seul regard la mer Morte, la vallée du Jourdain, Qumran et Jéricho, les monts de Judée et parfois même Jérusalem quand le temps est très clair. Sur la route des Rois, le Wadi al Mujib crée une dépression profonde de 1000 mètres d'une désolation quasi lunaire et sur la route du Désert, Ras En Naqab offre l'immense panorama d'un paysage minéral superbe où d'innombrables sommets rocheux émergent de la plaine désertique comme autant d'îles dans une mer de sable.
Terre biblique, la Jordanie a vu Moïse et les Hébreux errer dans le désert. Wadi Musa, près de Pétra, est la source que le prophète fit jaillir du rocher, tandis que le tombeau de son frère Aaron se distingue sur le sommet du Jebel Harun. C'est sur le mont Nébo qu'est enterré Moïse, mort ici avant d'avoir pu entrer dans la Terre Promise. C'est au gué du Yabboq que Jacob a lutté avec l'ange et c'est sous les remparts d'Amman, la capitale des Ammonites appelée alors Rabbath Ammon, que le roi David envoya se faire tuer en première ligne Urie le Hittite. À Iraq el Amir, le Qasr al Abd, bâti au IIème siècle avant Jésus-Christ pour Hircan le Tobiade, est un exemple unique de palais édifié par un potentat juif hellénisé et c'est sur le territoire jordanien que les archéologues ont identifié le véritable lieu du baptême du Christ dans le Jourdain.
Terre nabatéenne, la Jordanie conserve le souvenir de cette brillante civilisation dans le site unique de Pétra, lieu magique où les magnifiques falaises de grès rouge, diaprées de veines multicolores, ont été taillées par l'homme en de grandioses réalisations architecturales. Pétra fut la capitale des Nabatéens, installés au pays d'Edom dès le VIème siècle avant Jésus-Christ. La maîtrise du commerce des aromates et de l'encens provenant de l'Arabie Heureuse fit leur fortune. Ayant repoussé les généraux d'Alexandre le Grand, et plus tard les Romains, la Nabatène connut son apogée au début du Ier siècle, portant ses frontières jusqu'à la Syrie. Elle fut annexée par Trajan en 106 et les Romains en firent la province d'Arabie, mais Pétra continua à prospérer sous leur domination. Après avoir longé la nécropole de Gaia, on pénètre dans l'étroite gorge du Siq pour déboucher sur la vision féérique du Khazneh, le plus beau tombeau monumental de Pétra. Plus loin, sur une terrasse à mi-pente, la nécropole royale aligne le tombeau de l'Urne, le tombeau de la Moire, le tombeau Corinthien et le tombeau à Étages. Sur l'autre versant de la vallée, le théâtre a été taillé lui aussi dans le roc. La porte monumentale d'une enceinte sacrée donne accès à un temple imposant, Qasr al Bint, près duquel subsistent les gradins de la salle du Sénat local. Une longue ascension conduit au Deir, rival du Khazneh par sa grandeur et sa beauté, dans un cadre montagneux éblouissant.
Terre gréco-romaine, la Jordanie a connu la domination grecque des Ptolémées d'Égypte, rivalisant avec les Séleucides de Syrie, puis celle des Romains. Amman, qui s'appelait alors Philadelphie, conserve un temple d'Hercule, un très grand théâtre et un odéon magnifique. À l'extrême nord du pays, à Umm Qeis, subsistent les vestiges de Gadara, importante cité gréco-romaine de la Décapole, où le cardo maximus semble conduire tout droit au lac de Tibériade et où le théâtre produit beaucoup d'effet avec ses noirs gradins de basalte disloqués par un séisme. À Jerash, les ruines de Gérasa laissent un souvenir marquant par leur ampleur et leur beauté. L'architecture raffinée de la porte Sud conduit à un forum unique en son genre par sa forme ovale et que domine comme un belvédère le temple de Zeus. Les longues colonnades du cardo maximus donnent accès aux majestueux propylées d'un immense temenos d'où jaillissent vers le ciel les colonnes colossales du temple d'Artémis. On admire au passage un imposant nymphée, un élégant marché et deux théâtres, aux précieux pavements de marbre, conservant d'importants éléments de leur mur de scène. Arcs de triomphe et hippodrome complètent les équipements de ce site archéologique d'exception.
Terre byzantine, la Jordanie a vu se multiplier les églises paléochrétiennes et une école de mosaïque particulièrement florissante. En témoignent une basilique sur la Citadelle d'Amman, une basilique à Gadara, une cathédrale et des églises aux sols couverts de mosaïques à Gérasa, ou encore les ruines des maisons et des églises de l'ancienne cité caravanière d'Umm al Jemal près de la frontière syrienne. À quoi s'ajoute l'ensemble extraordinaire des sanctuaires de la région de Madaba où tous les sols sont recouverts de tapis de mosaïques comme à l'église du mont Nébo, à celle de Khirbet al Mukhayyat, aux deux églises d'Umm er Rasas et aux églises de Madaba même. Certaines de ces mosaïques témoignent de la période de l'iconoclasme, quand leurs tesselles ont été mélangées pour effacer la figuration de personnages. La mosaïque la plus célèbre se trouve dans l'église Saint-Georges de Madaba, représentant avec une précision assez remarquable une carte de la Palestine au VIème siècle. Avec son atrium, son baptistère et ses belles mosaïques, la cathédrale de Pétra est une illustration saisissante de cette Jordanie chrétienne.
Terre musulmane, la Jordanie a été choisie par les califes omeyyades pour y implanter plusieurs de leurs résidences, comme le palais d'El Qasr du calife Hisham, sur la Citadelle d'Amman, et les célèbres «châteaux du désert» : Qasr al Kharaneh était un caravansérail protégé par une apparence faussement fortifiée, Qusayr'Amra était un agréable pavillon de chasse doté de bains. Les fresques raffinées qu'y fit réaliser le calife Wallid Ier attestent que la représentation humaine n'était pas interdite dans les débuts de l'art islamique. Qasr al Azraq était une forteresse romaine où le calife Wallid II se réfugia en 744, peu avant la chute de la dynastie omeyyade. Elle a été rebâtie en 1237 par le gouverneur ayyubide du Hauran et fut habitée par Lawrence d'Arabie en 1917. Sa porte de pierre pèse plus de trois tonnes. Qasr al Hallabat était une forteresse romaine, transformée en monastère à l'époque byzantine, puis en résidence de plaisance par les Omeyyades qui ont aussi construit dans les environs les bains de Hammam al Sarakh.
Terre des croisades, la Jordanie a été alors fortifiée par les croisés et par les musulmans. Dans un cadre d'une sauvage beauté, Shaubak est un puissant château fort construit en 1115 par le roi de Jérusalem Baudouin Ier sous le nom de Krak de Montréal. Les Mamelouks qui l'ont restauré au XIIIème siècle, ont gravé sur ses tours des versets du Coran. À Kerak, capitale de l'Outre-Jourdain, Payen le Bouteiller, échanson du roi de Jérusalem Foulque d'Anjou, a érigé une formidable forteresse qui devint le repaire de Renaud de Châtillon pour rançonner les caravanes, exactions qui conduisirent Saladin à reprendre les armes et à anéantir l'armée chrétienne à Hattin, mettant fin au royaume de Jérusalem. Quant au château d'Ajlun, bâti en 1184 par un neveu de Saladin, il fut la base opérationnelle d'où partirent les troupes musulmanes pour affronter les latins à la bataille de Hattin.
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